CHAPITRE III. l3j
et la bonté de sa cause, ne se fait pas illusion. « L'Assemblée nationale, écrit-il à Malesherbes, renferme dans son sein les dévastateurs de ma monarchie, mes dénonciateurs, mes juges et probablement mes bourreaux. On n'éclaire pas de pareils hommes ; on ne les rend pas justes ; on peut encore moins les attendrir. »
La veille de la plaidoirie, jour de Noël, il dépose ses volontés suprêmes et la sublime confession de son innocence, dans ce testament que tout le monde a lu et qui restera comme un monument de dignité royale et de résignation chrétienne , comme son véritable plaidoyer au tribunal de la postérité.
Le 26 décembre, il est ramené à la Convention. Ses trois conseils l'entourent. M. de Sèze porte la parole et prononce le mémorable plaidoyer qu'ils ont médité ensemble et qu'il a rédigé seul en quatre nuits. Dans ce plaidoyer tous les faux principes, tous les chefs d'accusation sont réfutés loyalement, et Torateur ne se borne pas à détruire les griefs par une argumentation solide : il frappe aussi l'attention par des mouvements oratoires dignes de son auguste client ; il montre une superbe indignation quand il rejette les crimes du 10 août sur leurs véritables auteurs, quand il prouve que le roi, au lieu de verser le sang de son peuple, s'est constamment sacrifié pour le bien et
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la liberté de ses sujets, quand il flétrit énergiquement l'illégalité, Piniquité de la procédure. . A cette éloquente défense (i), Louis XVI ajoute les paroles suivantes :
Citoyens, on vient de vous exposer mes moyens de de'fense ; je ne les renouvellerai point. En vous parlant peut-être pour la dernière fois, je vous déclare que ma conscience ne me reproche rien et que mes défenseurs ne vous ont dit que la vérité.
Je n'ai jamais craint que ma conduite fût examinée publiquement, mais mon cœur est déchiré de trouver dans l'acte d'accusation l'imputation d'avoir voulu faire répandre le sang du peuple, et surtout que les malheurs du 10 août me soient attribués.
J'avoue que les preuves multipliées que j'avois données, dans tous les temps, de mon amour pour le peuple, et la manière dont jem'étois toujours conduit, me paroissoient devoir prouver que je craignois peu de m'exposer pour épargner son sang, et éloigner à jamais de moi une pareille imputation.'
Le discours de M. de Sèze a produit une impression favorable. Mais St-Just, Robespierre et autres démagogues s'empressent de l'effacer en répétant leurs sophismes et leurs mensonges. Nous citerons, de leurs scélérates répliques, un seul fragment, et encore ne le citerons-nous que parce qu'il émane d'Amar,qui fut le premier persécuteur de notre pays.
(i) Elle occupe 56 pages dans l'Hist. pari, de MM. Bûchez et Roux, tom XXII, p. 2.