CHAPITRE PREMIER
corps : je ne sens que ma destinée ; mais nq^ le dites pas au roi (i). »
Dans cette situation , et au moment où les armées coalisées allaient entrer en France, la Cour n'avait pas à prendre l'initiative de la guerre civile, mais seulement à se défendre contre le peuple et à se maintenir aux Tuileries jusqu'à Tintervention étrangère. On sait d'ailleurs que Louis XVI avait horreur de Teffusion du sang.
Quant aux factieux, leur intention contre la famille royale n'était pas douteuse depuis la première attaque du château. Nous avons vu leurs chefs se réunir, le 26 juillet, au Soleil cTor, sous le nom de Comité secret des Fédérés. Carra, F un d'eux, nous a laissé des renseignements précis sur ce comité composé d'abord de six membres, lui compris, puis de quatorze. Il va nous dire ce qui se passa dans la seconde séance active qui eut lieu le 4 aoiàt.
Elle se tint, dit-il, au Cadran-Bleu, sur le boulevard; et sur les huit heures du soir, elle se transporta dans la chambre d'Antoine, l' ex-constituant, rue Saint-Honoré, vis-à-vis l'Assomption, juste dans la maison où demeure Robespierre. L'hôtesse de Robespierre fut tellement efFraye'e de ce concihabule qu'elle vint, sur les onze heures du soir, demander à Antoine s'il voulait faire égorger
) Terrier de Loray, Tableau populaire de la Révolution et de la Jer-
Robespierre: « Si quelqu'un doit être e'gorgé, répondit Antoine, ce sera nous sans doute. Il ne s'agit pas de Robespierre, il n'a qu'à se cacher. »
Ce fut dans cette seconde séance active que /écrivis de ma mai)! tout le plan de l'insurrection, la marche des colonnes et l'attaque du château. Simon fit une copie de ce plan, et nous l'envoyâmes à Santerre et à Alexandre, vers minuit; mais une seconde fois notre projet manqua parce qu'Alexandre et Santerre n'étaient pas encore assez en mesure, et plusieurs voulaient attendre la discussion renvoyée au 10 août, sur la suspension du roi.
Enfin la troisième séance active de ce directoire se tint dans la nuit du 9 au 10 août dernier, au moment où le tocsin sonna, et dans trois endroits différens en même temps; savoir: Fournier l'Américain avec quelques autres, au faubourg Saint-Marceau; Westermann, Sanlerre et deux autres, au faubourg Saint-Antoine ; Garin, journaliste de Strasbourg, et moi, dans ma caserne des Marseillais, et dans la chambre même du commandant, où nous avons été vus par tout le bataillon (i).
Confirmons cette déclaration par d'autres témoignages. Barbaroux dit le 25 septembre : « Nous étions à Paris avant et après le 10 août. Le temps viendra où vous saurez quelles conspirations nous y avons tramées pour reiiverser le trône de Louis XVI. » Un autre député s'écria le 26 dédécembre ; « Je voudrais bien savoir quel est le membre qui prend à injure d'être appelé conspira-
(i) Précis hist. et très exact sur l'origine et les véritables auteurs de la célèbre insurrection du 10 août par Carra, Cite par Bûchez et Roux, s t. XVI, p. 271.