‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 81 sur 275 · CHAPITRE III. iSg · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. iSg

Il n'y a qu'une chose à juger, dit le député de l'Isère, c'est le fait de la tyrannie ; c'est le cri général qui s'élève de toutes les parties de la République contre le tyran. Les faits sont clairs ; et si on prétend les détruire, j'invoquerai le peuple français, j'invoquerai les mânes des patriotes égorgés sous La Fayette et traduits devant Louis comme des agneaux sous le couteau du boucher .... Il ne nous reste donc plus qu'à décider purement et simplement si les faits dont Louis est accusé sont vrais, et ensuite à appliquer la peine. Or je vous demande quel crime plus atroce a pu être commis contre la liberté et l'égalité des citoyens que celui qui, les attaquant tous en masse, tendait à établir le despotisme au milieu d'un fleuve de sang?

Il se trouve cependant un courageux député, Rabaud Saint-Etienne (de TAube), qui lance à ses collègues cette mordante ironie :

Si les juges sont en même temps législateurs; s'ils décident la loi, les formes, le temps ; s'ils accusent et s'ils condamnent ; s'ils ont toute la puissance législative, exécuti\e et judiciaire, ce n'est pas en France, c'est à Constantinople, c'est à Lisbonne, c'est à Goa, qu'il faut aller chercher la liberté. Quant à moi, je vous l'avoue, je suis las de m% portion de despotisme, je suis fatigué, harcelé, bourrelé de la tyrannie que j'exerce pour ma part, et je soupire après le moment où vous aurez créé un tribunal qui me fasse perdre les formes et la contenance d'un tyran.

Le débat continue jusqu'aux premiers jours de janvier. A la séance du 7, sur la proposition de Guadet, l'Assemblée prononce la clôture et ajourne

à huitaine la discussion des questions à soumettre au vote relativement à Louis XVI.

Dans cet intervalle, on publie un singulier parallèle entre les Rolandistes et les Jacobins pour la glorification de ces derniers. Les interlocuteurs sont le père Duchêne et notre fameux Carra, de Pont-de-Veyle. Le dialogue s'engage sur le roi, dont ils attendent le supplice avec impatience.

Carra. — Bonjour, Père Duchêne ; vive la joie ; la semaine prochaine, sans retard, nous faisons tomber la tête du dernier de nos tyrans.

Le Père Duchêne. — Vous faites justice au peuple; .c'est bien, f.....; ça va mieux que de la lui laisser faire luimême. Pourvu qu'il n'y ait pas encore quelque manigance qui jette des bâtons à la traverse; car, f...., vous n'allez pas droit, vous autres.

Carra. — Comment, Père Duchêne, que veux-tu dire?

Le Père Duchêne. — Eh ! parbleu, ce que je veux dire saute aux yeux, comme un crapaud. Depuis trois mois qu'avez-vous fait autre chose que de vous tourmenter dans votre manège comme des diables dans un bénitier? Depuis que vous nous avez dit que nous étions en République, il sembloit que la paix et l'harmonie dévoient régner en France ; que vous alliez en donner l'exemple ; point du tout. On s'entendoit mieux à la Tour de Babel que dans votre assemblée ; on diroit que les Autrichiens sont d'un côté, et les Français de l'autre.

Carra. — Ah 1 mon cher, ce sont les Jacobins.

Le Père Duchêne. — Ah ! parbleu, je t'y prends! Tu es donc aussi un Rolland, toi. Eh bien ! voyons ce que tu as à me dire contre mes Jacobins : car ils ont été bien

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