CHAPITRE III
tiles : sans eux, il y a longtemps que toi et moi nous irions ad patres....
Nous ne pouvons suivre cette longue discuslon ; retenons seulement un passage qui touche à i biographie de Carra.
Carra. — Mais, Père Duchêne, à quel titre pourriezous me croire vendu, moi ?
Le Père Duchêne. — Ce n'est pas un soupçon d'hier: 'es-tu pas sous-directeur de la bibliothèque nationale, vec le logement et deux mille écus de traitement ? Carra. — Oui ; mais ce n'est pas de Rolland que je tiens la place.
Lf, Père Duchêne. — Tu es donc encore plus mépriible que je ne croyois, si c'est à la Cour que tu t'es vendu vant le 10 août.
Carra. — Parbleu, tu es plaisant. Est-ce qu'un paiote est condamné à mourir de faim, et ne peut pas prenre une place utile sans trahir sa conscience? Lk Père Duchêne. — Non, quand ce sont des traies ou des intrigans qui disposent des emplois; car si de areilles gens nous donnent du pain, il faut les servir, et ;ur sacrifier notre honneur en échange.
Carra, — Va, tu es fou ; je tiens ma place de la muicipalité; Rolland y avoit nommé Champfort, et par :commodement nous partageons le fardeau et les émolulens ; ainsi tu vois que je n'ai pas d'obligation à Rolland : 3m. Tient pourrois-je lui être vendu (1) ?
il) M"= Ro'and dit positivement dans ses Mémoires, (article Champfort Caira)queson mari partagea lui-mèmeentre eux les fonctions de bibliolécaire. Elle peint dailleurs Carra comme un homme " à très-mauvaise te... enthousiaste de révolution, de république et de liberté, rêvant l'afanchissement de l'Europe entière avec une complaisance inexprimable.»
Le père Duchêne. — Le voici : cela n'est f..... pas
neuf, et la manœuvre est connue depuis longtemps. Rolland te paye deux mille exemplaires par jour de tes feuilles, qu'il envoie gratis a ceux qu'il veut ranger sous sa bannière. Il en fait autant à Gorsas, au Patriote français et à tous les écrivains qui le vantent. Quand tu n'aurois en bénéfice sur le marché que deux liards par feuille, cela te feroit toujours une gratification de i5oo ïiv. par mois, et je crois, f...... que ça te rend la jambe bien faite, ainsi
qu'à tous ces maq.. .... de la littérature... (i).
Le procès du roi est repris le 14 janvier. L'Assemblée, sur la proposition de Boyer-Fonfrède, adopte les trois questions à résoudre, à savoir :
Première question. — Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d'attentat contre la sûreté générale de TÉtat ?
Deuxième question. — Le jugement, quel quMl soit, sera-t-il renvoyé à la sanction du peuple ?
Troisième question. — Quelle sera là peine infligée ?
Le lendemain, i5, on commence le vote sous rinfluence d'une grande agitation populaire. Les députés sont insultés aux abords de la salle et menacés de mort. Les sicaires des Jacobins les entourent ; ils ne sont plus-libres. « Louis XVI, avoue
Carnot lui-même,... eût été sauvé si la Conven- 1
(i) Dialogue entre le Père Duchêne et Carra, sur l'état actuel de là I République française. Paris, 1793,40 p. in-8. — Ph. L.D.