CHAPITRE IV. iSg
Si à Rome un ami de César parvint à exciter le peuple en agitant devant lui la robe ensanglantée d'un tyran, que ne doit pas attendre la Convention pour la défense de la patrie, en découvrant devant le peuple français la blessure sanglante et mortelle d'un de ses représentants!... (i).
N'est-ce pas la crainte du sort de Lepelletier que les régicides dissimulaient sous ces belles phrases ? N'était-ce pas pour s'assurer l'impunité qu'ils voulaient associer toute la nation à leur crime, et persuader à la France qu'ils l'avaient réellement délivrée d'un tyran ?
Le vote de la mort du roi fut une chose tellement monstrueuse, aux yeux mêmes des régicides, que plusieurs s'empressèrent de se justifier auprès de leurs commettants. Dès le lendemain du vote, le député de Pont-de-Vaux adressa la lettre suivante aux administrateurs de Nantua, avec lesquels il correspondait en l'absence de M. Jagot :
Paris le i8 janvier 1793, Tan 2« delà République.
Citoyens administrateurs,
Je crois devoir vous instruire que la peine de mort a été prononcée contre Louis Capet dans la séance d'hier. J'ai voté pour cette peine d'après la conviction intime et reconnue de ses crimes.
J'ai voté contre l'appel au peuple ; dans l'un et l'autre de
(1) Adresse de la Convention nationale au Peuple français. Décret de 23 janvier i~g3, Van 2' de la R-^p. fr. Bourg. 1793'. 8 p. in-4». — Ph. L. D.
l6o NEUVIÈME ÉPOQUE.
ces vœux je n'ai consulté que ma conscience et l'intérêt d( la République. C'est le seul sentiment qui a dirigé mor opinion ; j'en développerai dans quelque temps les motifs Je suis avec un respectueux attachement en vrai républicain,
Votre compatriote,
Deydier.
Je joins à la présente le Journal du Soir qui rend le compte exact du résultat du scrutin, et de ce qui s'esl passé ensuite (i).
M. Deydier développa en effet les motifs de son vote dans une Deuxième lettre à ses commettants : s
Doublement honoré de votre confiance (2), je l'avois bien dit que m'étant aidé à renfermer la royauté, jedevois courir tous les dangers qu'il y avoit à consommer ce grand ouvrage, anéantir le roi et la royauté, le tyran et la tyrannie...
Ce qui est intéressant pour moi de m'entretenir avec vous [quel français !], c'est de vous rendre compte de ma carrière politique depuis la session de la Convention, et vous développer les motifs qui ont dirigé mes opinions, soit relativement au gouvernement républicain, soit relativement au procès du ci-devant roi...
J'ai jugé de vous, chers compatriotes, par moi-même. J'étois convaincu des crimes de Louis Capet, et néanmoins je vous l'avoue, il m'en a coûté de prononcer contre lui la peine de mort, tant il est peu dans mon caractère de
■•" ■ |i) Lettre autographe annexée au manuscrit de M. de la Teyssonnière. (2) Législateur et conventionnel.