‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 98 sur 275 · CHAPITRE PREMIER. I7I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. I7I

plaisir les dernières sympathies étrangères en alarmant tous les intérêts, en froissant toutes les consciences. Par ses décrets des 19 novembre et i5 décembre 1792, « la Convention, dit M. Mortimer- Ternaux, avait promis secours et protection aux nations qui s'insurgeraientcontre leurs souverains; elle ordonnait à ses généraux, aussitôt qu'ils mettraient le pied sur le sol étranger, de détruire, d'extirper les institutions contraires à la liberté et à l'égalité. Elle envoyait des commissaires et quels commissaires !) faire Téducation des peuples dont ses armées occupaient le territoire (i). »

Le pouvoir exécutif lançait aussi à la suite de nos armées des commissaires particuliers, pourvus d'attributions analogues. Un de ceux-ci, M. Georges Sibuet, appartenait au Bugey. C'était un avocat de vingt-six ans, initié à la politique par Gauthier-des-Orcières, dont il avait été le secrétaire sous la Constituante. Il remplit à merveille son rôle d'apôtre de la liberté ; nous allons en juger par le discours qu'il prononça au club de Bruges, le 28 janvier 1793 :

Citoyens, Frères et Amis,

Je viens remplir dans votre ville et ses environs une irission aussi importante qu'honorable ; je viens au nom de la République française, vous offrir de nouveau paix,

i) Hist. d.' la Terreur, tome VI, p. 71.

fraternité, secours et alliance inse'parable ; répondre h toutes les calomnies que répandent contre la France les ennemis de la liierté des peuples ; enfin je viens travailler d'une manière efficace à consommer dans les esprits et dans les choses une révolution qui doit être le résultat de la raison, de la justice et de l'amour de l'humanité. ,

Je réunis dans vos contrées la qualité de commissaire de la République française pour l'exécution du décret du i5 décembre, et celle d'apôtre delà liberté (i), d'ami du peuple et de protecteur des opprimés.

Sous ces différents rapports je réclame avec confiance l'assistance des sociétés populaires et surtout celles de la ville de Bruges, qui a porté au plus haut degré le patriotisme, le zèle et l'amour du bien public...

Le peuple belge rendu à sa souveraineté par nos armées victorieuses retomberoit bientôt sous le glaive de ses anciens tyrans ou seroit livré peut-être aux horreurs de la guerre civile, si la France ne conservoit la tutelle de sa liberté jusqu'à ce qu'il ait posé les bases d'un gouvernement libre. Voilà l'esprit et le but du décret du 16 décembre, que les partisans de l'ancien régime ont si injustement calomnié. La France n'auroit pour voisins que des peuples libres; mais elle ne portera jamais atteinte à leur souveraineté, et, après leur avoir donné la liberté et le bonheur elle travaille^a sans cesse à les y maintenir....

C'est à vous, frères et amis, qu'il appartient d'éclairer le peuple...; c'est à vous qu'il appartient d'émousser graduellement les flèches empoisonnées du fanatisme ; de ramener la religion et ses ministres à leur institution primitive, et

(i) Le public désgna ces commissaires sous le nom d'apôtres de la liberté qu'ils se donnaient volontiers. Des documents officiels le leur donnèrent aussi. Voir XHist. de la Terreur de M. Mortimcr-Ternaux, to.Tic VI. p. 10 1.

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