‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 99 sur 275 · CHAPITRE PREMIER. IjZ · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. IjZ

de rappeler à ces rois du monachisme dont le trône, après s'être élevé sur l'ignorance et les privations des malheureux, s'est affermi graduellement sur la dixième partie de nos fortunes ; de leur rappeler, dis-je, ce passage de la vie de Jésus, qu'ils disent être le modèle de leur conduite: pedibus autem ibat Jésus ; c'est-à-dire Jésus n'avait ni couronnes, ni palais, ni chevaux, ni voitures, ni millions à sa disposition...

Les commissaires ne feraient pas mal de suivre eux-mêmes cet exemple. On se rappelle ici les bains de lait d'Albitte et, de nos jours, qui n'a entendu parler des cigares exquis que fumait un stoïque patriote pendant que l'on mourait de faim à Paris et de froid à Tarmée de l'Est !

Une tâche non moins essentielle, — c'est M. Sibuet que nous citons encore, — est réservée aux amis de la liberté, et je dois la partager avec eux comme l'un de ses plus zélés défenseurs : c'est l'union indissoluble du peuple belge à la République française; non pas de fait puisque le succès de nos armes l'a prononcé irrévocablement, mais d'intention, d'esprit et de volonté.

Vous le savez, citoyens, nos ennemis cherchent à vous diviser de la France, cette mère -patrie de tous les peuples qui voudront se donner un gouvernement libre. Ils vous diront que depuis le moment où le soleil de la liberté partit sur notre horizon, en enflammant les âmes honnêtes de son feu salutaire, il n'absorba pas le foyer des discordes et des agitations; mais que dès lors il fut, au contraire, plus actif et plus violent ; que nous sommes devenus cruels; que les propriétés n'ont pas été respectées; que

nous vivons dans l'anarchie, et que la France nage dans un déluge de maux et de misères ; enfin que toutes les puissances vont anéantir pour jamais son système qu'elles appellent anti-social... (i).

L'orateur reprend un à un chaque grief et démontre par A+ B quMIs n'ont pas le sens commun, que la République est parfaitement innocente, que, si le peuple souffre, si l'anarchie règne, la faute en est aux ennemis de la Révolution. Sans respect pour la mémoire du malheureux roi supplicié, il dit que la Révolution a eu tort de laisser « entre les mains de l'ennemi nécessaire de tout gouvernement populaire une autorité destructive de la liberté, un veto absurde, signal éternel de guerre civile, donnant à un individu le pouvoir d'arrêter la volonté de 25 millions d'hommes. » Mais ce qu'il allègue de plus exorbitant, c'est que « si la France a eu à gémir de quelques excès criminels, ce sont les agents soudoyés de la monarchie qui, sous le masque d'un patriotisme outré, incendiaient les châteaux, en prêchant le meurtre, le crime et la désorganisation universelle. »

On voit que notre jeune Bugeysien avait été formé à bonne école et qu'il débitait avec aplomb

(i) Discours prononcé par G. Sibuet, commissaire-civil du pouvoir exécutif Je la République française dans la Société des amis de la liberté et de l'égalité de la ville de Bruges^ le lundi 28 janvier ijgS, l'an second de la République française, traduit en flamand et imprimé par ordre de cette société. Paris, ijqB, 16 p. :n-8. — Ph. L.D.

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