‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 10 sur 217 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Conspiration de Turin, découverte dans une lettre de fabbé de Cordon à la marquise de Persan. — Conspiration de Maillebois dans laquelle est impliqué l'abbé de Barmont ; défense de cet abbé par le président de h'rondeville ; tempête parlementaire provoquée par une violente protestation de M. de Lucinge, séance du 2 1 août 1790.

Quelques royalistes pensaient sans doute à une contre-révolution ; mais la situation du roi s'opposait alors à une tentative contre le gouvernement. Le Comité des recherches de la ville de Paris n'en poursuivait pas moins sa mission ténébreuse et prenait les moindres indices de complot pour des réalités.

Deux de ces prétendues conspirations intéressent notre pays : l'une fut découverte dans une lettre d'un abbé de Cordon (la famille de Cordon avait son château sur les bords du Rhône au midi de Belley) ; — l'autre fut l'occasion d'une tempête parlementaire soulevée parnotre député suppléant, M. de Lucinge, comte de Faucigny.

Le marquis Bertrand de Moleville, ministre de la marine sous Louis XVI, un des contemporains qui a le plus étudié la Révolution (son histoire

forme 14 volumes in-8), va nous initier au premier de ces incidents et nous fournira quelques détails sur le second.

Une lettre, dit cet auteur, adressée de Turin par l'abbé de Cordon, Piémontais (i), comte de Lyon, à la jeune marquise de Persan, ayant été trouvée, vers le i5 d'août, dans une des pociies qu'elle avoit données au blanchissage, fut retenue pendant plus de trois semaines par le nommé Cuss, son blanchisseur, qui n'avoit pas su la lire. Au bout de ce temps, il lui vint dans l'idée de la faire déchiffrer par quelques commères du voisinage qui, après l'avoir lue, lui donnèrent le conseil patriotique d'aller la déposer au district. Il n'hésita pas à commettre cette infidélité qui, en d'autres temps, auroit été sévèrement punie et lui auroit fait perdre son état, et qui, dans le nouveau régime, devoit lui valoir non-seulement une récompense pécuniaire, mais encore la protection et la confiance des patriotes les plus zélés.

Cette lettre ne fut pas plutôt déposée au district qu'elle fut envoyée au Comité des recherches qui, sur le champ, dépêcha des satellites pour s'assurer des papiers et de la personne de madame de Persan, la fit traduire au Comité, l'interrogea, la renvoya chez elle sous bonne et sûre garde, et employa toute la nuit à préparer pour le lendemain le rapport le plus alarmant sur raff"reux complot tramé à Turin avec l'abbé de Cordon. Le rapporteur, Voidel, n'indiquoit d'autre indice de l'existence de ce complot que la lettre en question, et surtout les phrases suivantes :

« Plus nous allons, et plus nous avançons vers le dé-

(i) Savoj'ard ou piémontais, disent MM. Bûchez et Roux. En réalité il était bugiste, et s'était réfugié à Turin en quittant Lyon, aont il était comte, en qualité de chanoine de l'église primatiale de Saint-Jean.

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