‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 11 sur 217 · CHAPITRE II. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. l

' nouement, — plus il seroit dangereux de se trouver trop près du contre-coup; la mine se charge tous les « jours; je suis à même de vous instruire quand on sera a prêt à y mettre le feu ; l'éclat qu'elle peut occasionner « ne sauroit être calculé; mais attendez-vous qu'elle écla- « tera, et prenez d'avance vos précautions pour en éviter « les éclaboussures. C'est tout ce que je peux vous dire « comme votre ami (i). »

Madame de Persan, interrogée sur cette lettre, avoit déclaré qu'elle étoit une réponse à la question qu'elle avoit faite à l'abbé de Cordon sur les projets de la Sardaigne. Le Comité des recherches que ses nombreux espions et les agents dont le club des Jacobins couvroit toute l'Europe, informoient si exactement de tout ce qui avoit le moindre rapport à la Révolution, auroit-il ignoré cette conspiration, si elle eût réellement existé ? Une mine aussi formidable pouvoit-elle se former en Piémont ? Les préparatifs immenses qu'elle exigeoit pouvoient-ils s'y faire assez clandestinement pour qu'il n'en eût rien transpiré depuis six semaines, sans l'infidéHté du blanchisseur de madame de Persan ? N'étoit-il pas évident, en un mot, que cette conspiration ridicule, annoncée sérieusement ou en plaisantant par l'abbé de Cordon, n'existoit que dans sa lettre, et n'y avoit même d'autre consistance que celle d'une simple conjecture?

L'Assemblée prit cependant en grande considération le rapport que le Comité des recherches lui fit de cette affaire, et décréta (9 septembre) que le président se retireroit par devers le roi, pour le prier de donner ordre au Châtelît de Paris d'informer contre l'abbé de Cordon, comme prévenu d'un plan de conspiration contre la liberté publi-

■ U) CeUe lettre était signée le comte Henri.

l6 QUATRIÈME ÉPOQUE.

que, et de poursuivre les auteurs, fauteurs, adhérens et complices du plan dénoncé.

• Il fut ordonné par le même décret que madame de Persan ne pourroit s'éloigner de Paris qu'après avoir fait/sa déposition, et sous condition de se représenter dans le cours de la procédure, s'il y avoit lieu.

Malgré ce décret, le Comité continua de tenir madame de Persan en état d'arrestation chez elle, avec une nom breuse garde, et elle fut obligée de solliciter un nouveau décret pour obtenir sa liberté (i).

A propos de cette fameuse conspiration M. Gauthier ci-devant des Orcières écrivit aux officiers municipaux de Bourg, le lo septembre, cette superbe prophétie : « La Providence continuera, j'espère, à protéger une Révolution qui honorera l'humanité. »

La seconde conspiration, cause première du débat contre lequel M. de Lucinge protesta énergiquement, fut Fœuvre réelle ou supposée, mais à coup sûr inoffensive, du comte de Maillebois et du chevalier de Bonne-Savardin.

M. de Bonne-Savardin fut arrêté au Pont-de- Beauvoisin avec des papiers que Ton trouva suspects, et, sur de simples soupçons, il fut conduit à Lyon et enfermé à Pierre-Scize, puis transféré à Paris et incarcéré à l'Abbaye. Deux inconnus le lirent évader en présentant au concierge un ordre

(i) Bertrand de Moleville, Histoire de la Révolution de France, t. HI, p. 317.

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