CHAPITRE IV
En vain nos ennemis perfides Voudraient encor signaler leurs fureurs : Français, soyez grands, unis, intrépides,
Et vous serez toujours vainqueurs.
Enfin la liberté chérie
Règne à jamais dans nos foyers ;
Français, défendez la patrie.
Soyez tous citoyens, guerriers.
Et les vils tyrans de la terre Trembleront tous au seul nom de Français. Ils ont osé vous déclarer la guerre,
Ils vous demanderont la paix.
M. Clerville s'enrichit avec les biens nationaux, et le jeune professeur lui vient en aide en confondant les moines par son éloquence démocratique. « Si vous êtes heureux d'habiter ce séjour, dit le jardinier à l'artiste :
Nous le sommes encor bien plus que vous peut-être De vous y posséder ; vous avez fait renaître Le bonheur et la pais qui fuyaient de ces lieux. Vous avez confondu des moines factieux, Qui voulaient égarer des citoyens stupides Que l'or ou des sermons rendent faibles, perfides. Ces moines contre nous voulaient les animer; De sabres, de poignards ils voulaient les armer Pour défendre leurs biens et leurs vieux tabernacles ; Mais, Monsieur, votre voix a produit des miracles. Ces poignards sont tombés des mains de ces bourreaux, Et l'on vend aujourd'hui les biens nationaux.
Les moines furieux en étouffent de rage.
Ce coup a fait, dit-on, fort maigrir leur visage;
Dès longtemps à l'église ils ne paraissent plus.
Monsieur Clerville acquiert pour deux cent mille écus
De leurs biens.
L'abbaye dont M. Clerville convoite les biens appartient à un évêque. Le comte de Vermon, dévoué à cet évêque, et ancien ami de M. Clerville, dont il ignore les vues et les nouvelles opinions, se présente avec le prélat et quelques partisans. L'agent qui les précède les annonce en ces termes au jardinier, qu'il croit de son bord :
Notre Comte et l' Évêque en ces lieux vont paraître ; Ils me suivent de près ; ils viennent chez ton maître. Avec eux dans ce jour il doit se réunir Leur prêter de l'argent, les loger, les servir. Monseigneur près d'ici possède une abbaye ; C'est pour la conserver qu'une troupe aguerrie, Par différents chemins arrive dans ces lieux ; Et c'est moi qui conduis ces hommes courageux. L'Evêque est l'aumônier de la troupe chrétienne, Le Comte est général et je suis capitaine. Nous allons tout tuer, nous n'épargnerons rien. Tu sais tout ; mêle-toi parmi ces gens de bien ; Tu trouveras comme eux l'intérêt et la gloire, Je t'engage : reçois ces deux louis pour boire.
Le jardinier repousse fièrement les deux louis et menace d'assommer l'agent clérical. Le Comte et l'Evêque ne sont pas mieux reçus par M. Cler-