CHAPITRE V
d'une feinte répugnance et d'une fausse humilité. De sérieuses inquiétudes commençaient à se mêler à l'enthousiasme libéral de notre aïeul ; nous en verrons tout à F heure la preuve dans les dispositions qu'il prit à son départ.
Les constituants terminèrent leur prétendu chefd'œuvre le 3 septembre 1791. Le soir même, une députation de soixante membres, dont faisait partie Brillât-Savarin, présenta au roi la Constitution. Le roi répondit qu'il ferait connaître sa résolution « dans le plus court délai qu'exige l'examen d'un objet si important. » Dix jours après, le i3. Sa Majesté fit remettre son message au président de l'Assemblée nationale par son ministre de la Justice. Le président qui le lut fut plusieurs fois interrompu par les applaudissements. Voici ce document presque entier : la conduite du roi et même sa fuite à Varennes s'y trouvent pleinement et dignement justifiées.
Messieurs, j'ai examiné attentivement l'acte constitutionnel que vous avez présenté à mon acceptation : je l'accepte, et je le ferai exécuter. Cette déclaration eût pu suffire dans un autre temps; aujourd'hui je dois aux intérêts de la Nation, je me dois à moi-même de faire connrûtre mes motifs.
ETès le commencement de mon règne , j'ai désiré la
réforme des abus, et, dans tous les actes du gouvernement, j'ai aimé à prendre pour règle l'opinion publique.
Diverses causes, au nombre desquelles on doit placer la situation des finances à mon avènement au trône, et les frais immenses d'une guerre honorable, soutenue longtemps sans accroissement d'impôts, avoient établi une disproportion considérable entre les dépenses et les revenus de l'État. Frappé de la grandeur du mal, je n'ai pas cherché seulement les moyens d'y porter remède ; j'ai senti la nécessité d'en prévenir le retour : j'ai conçu le projet d'assurer le bonheur du peuple sur des bases constantes, et d'assujettir à des règles invariables l'autorité même dont j'étois dépositaire : j'ai appelé autour de moi la Nation pour l'exécuter.
Dans le cours des événemens de la Révolution, mes intentions n'ont jamais vafié. Lorsqu'après avoir réformé les anciennes institutions, vous avez commencé à mettre à leur place les premiers essais de votre ouvrage, je n'ai point attendu, pour y donner mon assentiment, que la Constitution entière me fût connue. J'ai favorisé l'établissement de ses parties avant même d'avoir pu en juger l'ensemble ; et si les désordres, qui ont accompagné presque toutes les époques de la révolution, venoient trop souvent affliger mon cœur, j'espérois que la loi reprendroit de la force entre les mains des nouvelles autorités ; et qu'en approchant du terme de vos travaux, chaque jour lui rendroit ce respect sans lequel le peuple ne peut avoir ni liberté ni bonheur. J'ai persisté longtemps dans cette espérance , et ma résolution n'a changé qu'au moment où elle m'a abandonné.
Que chacun se rappelle l'époque où je me suis éloigné de Paris ; la Constitution étoit prête à s'achever, et cependant l'autorité des loix sembloit s'affaiblir chaque jour.