‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 110 sur 217 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'opinion, loin de se fixer, se subdivisoit en une multitude de partis : les avis les plus exage'rés sembloient seuls obtenir de la faveur : la licence des écrits étoit portée au comble : aucun pouvoir n'étoit respecté.

Je ne pouvois plus reconnoître le caractère de la volonté générale dans des loix que je voyois partout sans force et sans exécution. Alors, je dois le dire, si vous m'eussiez présenté la Constitution, je n'aurois pas cru que l'intérêt du peuple, règle constante et unique de ma conduite, me permît de l'accepter. Je n'avois qu'un sentiment : je ne formai qu'un seul projet : je voulus m'isoler de tous les partis et savoir quel étoit véritablement le vœu de la Nation.

Les motifs qui me dirigèrent ne subsistent plus aujourd'hui. Depuis lors les inconvéniens et les maux dont je me plaignois, vous ont frappés comme moi. Vous avez manifesté la volonté de rétablir l'ordre ; vous avez porté vos regards sur l'indiscipline de l'armée ; vous avez connu la nécessité de réprimer les abus de la presse. La révision de votre travail a mis au nombre des loix réglementaires plusieurs articles qui m'avoient été présentés comme constitutionnels. Vous avez établi des formes légales pour la révision de ceux que vous avez placés dans la Constitution. Enfin le vœu du peuple n'est plus douteux pour moi ; je l'ai vu se manifester à la fois, et par son adhésion à votre ouvrage, et par son attachement au maintien du gouvernement monarchique.

J'accepte donc la Constitution : je prends l'engagement de la maintenir au dedans, de la défendre contre les attaques du dehors, et de la faire exécuter par tous les moyens qu'elle met en mon pouvoir... Signé : LOUIS.

Paris, le i3 septembre 1791-

P. S. — J'ai pensé, Messieurs, que c'étoit dans le lieu

même où la Constitution avoit été formée, que je devois en prononcer l'acceptation solennelle : je me rendrai en conséquence, demain, à midi, à l'Assemblée nationale.

Cette lettre du roi fut adressée au Directoire du département de l'Ain par le Ministre de l'Intérieur après la séance royale avec la lettre suivante :

Paris, le 14 septembre 1791.

LE ROI, Messieurs, a annoncé hier à l'Assemblée nationale qu'il acceptoitla Constitution; Sa Majesté vient de consacrer solennellement cette acceptation dans le sein de l'Assemblée nationale, au milieu des applaudissements et de l'allégresse universels. Je m'empresse. Messieurs, de vous apprendre ce grand événement qui doit être l'époque du retour de l'ordre et de la paix. J'ai l'honneur de vous envoyer plusieurs exemplaires de la lettre du Roi. Je n'ai pas besoin de vous recommander de lui donner toute la publicité possible. Votre patriotisme, votre amour pour le Roi, votre zèle pour la chose publique vous guideront assez dans cette heureuse et mémorable circonstance.

Le Ministre de l'Intérieur^ signé : Delessart (i).

Le roi put croire qu'il cédait au sentiment général en acceptant la Constitution. Le peuple était empressé d'en jouir pleinement. La consécration du nouveau régime semblait à ses yeux le signal d'une ère de régénération et de prospérité.

(i) Copie de la lettre du ministre de l'intérieur suivie de la Copie de la lettre du Roi. Bourg, 1791, 4 p. in-i». — Ph. L. D.

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