CHAPITRE II
revêtu du sceau de la ville, l'emmenèrent en voiture sur le quai des Morfondus, et Tabandonnèrent.
Après avoir erré trois jours et trois nuits, le malheureux évadé implora Tassistance de M. Tabbé Perrotin de Barmont, conseiller au Parlement de Paris et député. Celui-ci, retenu d'abord par le danger qu'il courait, céda enfin au sentiment de l'humanité, le fit monter dans sa voiture, lui chercha un asile à la campagne, n'en trouva pas et finalement le garda dans sa maison.
Un mois après, il partit pour les eaux avec son protégé, mais arrivés à Châlons, ils furent arrêtés tous deux et ramenés à Paris, le 1 7 août, sous la surveillance de nombreux Gardes nationaux.
Le même jour, Tabbé de Barmont demanda au président de l'Assemblée à être entendu. Le lendemain il fut admis à la barre, et expliqua sa conduite. « Oui, dit-il en finissant, j'ai donné asile à des gardes-du-corps, à un membre de cette Assemblée. Ma maison est le temple du malheur. C'est ma religion... Un pair d'Irlande étoit accusé d'avoir enlevé un criminel de haute-trahison ; il parut au parlement : il demanda s'il étoit un seul membre de l'Assemblée qui pût résister au sentiment qui l'avoit conduit, et le parlement décida qu'il n'y avoit pas lieu à délibérer. »
|L, L'Assemblée nationale ne fut pas touchée de cet
l8 QUATRIÈME ÉPOQUE.
exemple. Une discussion s'engagea. Écoutons le marquis de Moleville :
De tous les membres de yAssemblée qui parlèrent en faveur de l'abbé de Barmont, aucun ne le de'fendit avec plus d'énergie que le président de Frondeville (i).
« Votre déclaration des droits de l'homme, dit-il, porte, « article 7, que nul homme ne peut être accusé, arrêté, ni « détenu que dans les cas déterminés par la loi, que ceux « qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter « des ordres arbitraires, doivent être punis... Pourquoi « donc M. de Barmont est-il détenu? Il n'est ni accusé, « ni décrété. On dit qu'il a été pris en flagrant délit, mais « quel délit ? Mais avec quel homme fuyoit-il ? Avec un « homme à l'égard duquel la même loi avait été enfreinte. « Aucun décret n'a été prononcé contre M. de Bonne; on « ne peut donc voir en lui qu'un citoyen, dans la personne « duquel la liberté a été violée... Par qui a-t-il été arrêté « dans ses foyers ?... On cite le Comité des recherches de « la ville... Mais par qui ont été créés ces tribunaux étran- « gers, ces satellites de la tyrannie ? Par eux-mêmes ; ils « n'ont d'autres pouvoirs que ceux qu'ils se sont arrogés; « aucune loi, aucun décret n'a autorisé cette institution « odieuse. Voilà le tribunal auquel M. de Barmont est ac- « cusé d'avoir enlevé un citoyen ! Si c'est une bonne ac- « tion que de remettre la loi à sa place, M. de Barmont a c fait une bonne action, en enlevant un citoyen à la ty- « rannie; et c'est lui qu'on vous propose de détenir en « état d'arrrestation, lorsque depuis dix mois les assassins « de nos princes parcourent librement l'enceinte de la ca- « pitale, qu'ils sont peut-être assis parmi nous!... »
(1) Lambert de Frondeville, du bailliage de Rouen.