CHAPITRE PREMIER
intéresser individuellement, mon empressement à leur être utile; les occasions qu'ils me fourniront de les servir me seront infiniment précieuses, et tous mes moments disponibles leur seront consacrés.
Permettez-moi... etc.
Thomas Riboud, homme de mérite et d'intelligence, essentiellement honnête et modéré, décidé à ne suivre que sa conscience et à ne faire partie d'aucun club (i , dut se trouver dépaysé au milieu de 700 et quelques collègues {2 , plus ardents que sensés, la plupart portés à la députation par les sociétés populaires. Il dut gémir d'être, 1^4 octobre, Tun des acteurs de cette comédie du serment que l'abbé de Montgaillard va nous raconter en quelques mots parfaitement exacts :
L'Assemblée législative, dit cet historien, se constitue définitivement (le 4 octobre). Cérutti fait le tableau des bienfaits dus à l'Assemblée constituante, et célèbre l'œuvre de sa création. « Trois années ont détruit quatorze siècles « d'abus, et ont préparé trente, quarante, cinquante siècles « de bonheur. » Ce discours est le prologue d'une scène d'adoration de la Constitution. Les vieillards de l'Assemblée font leur entrée, précédant processionnellement l'ar-
(i) M. Deydier s'affilia aux Jacobins dès les premiers jours d'octobre. Ce fut le seul député de l'Ain, compris dans la liste des i36 qui se firent inscrire à ce club dans le cours du premier trimestre.
(2) 749, parmi lesquels l'abbé de Montgaillard comptait près de 400 avocats ou légistes sans considération, 70 prêtres constitutionnels, autant de littérateurs ou poètes sans renommée, soudainement transformés en Lycurgjeî, et 200 négociants, médecins, cultivateurs ou militaires.
chiviste Camus, qui porte l'acte constitutionnel en l'appuyant sur sa poitrine avec une religieuse componction. Tous les députe's, dans le silence du recueillement, se lèvent et se découvrent. Les plus jeunes reçoivent le livre saint, et le placent à la tribune aux harangues où le président Pastorct, la main sur cet évangile politique, jure d'y croire éternellement, et de le défendre au prix de tout son sang. Le serment répété par les membres de l'Assemblée, la Constitution retourne aux archives, et les spectateurs d'admirer et d'applaudir 1 L'enthousiasme éclate de toute part dans le royaume au récit de cette pompeuse séance. Les Français ne jugent guère de l'importance des hommes et des choses que par les apparences théâtrales qui les leur montrent (i).
Ce ne fut pas avec moins de peine que Thomas Riboud vit décréter, le lendemain, Pinconvenante suppression des titres de sire et majesté. Inutile d'ajouter qu'il s'empressa de voter, le jour suivant, quand l'Assemblée honteuse rapporta son décret.
Au milieu d'octobre, le conseil du district de Trévoux se réunit et entendit, à l'ouverture de la session, le rapport du procureur-syndic, M. Segaud.
Ce rapport constate (page 1 1) quelques faits de souveraineté populaire. A Saint-Maurice de Gourdans, le peuple ameuté dévastait la propriété de
(i) Histoire de France depuis T Assemblée des notables, y-^édition, t. III. p. 4.