CHAPITRE PREMIER
M. de Montolivet, lui arrachait par force un acte d'abandon et menaçait sa personne. Il fallut pour mettre les insurgés à la raison les menacer euxmêmes de renvoi de cent hommes du régiment d'Australie en garnison à Montluel. — Près de Montluel les bois de M. de Sainte-Croix furent dilapidés. — A Rillieux, les habitants s'emparèrent de force de la récolte d'un fonds possédé par M. de la Roue. — Enfin la garde nationale de xMiribel, pour terminer un litige de cette commune avec les habitants de Neyron, leur avait confisqué leurs bateaux. C'était de la justice expéditive; et cependant il y avait à Montluel, comme dans chaque district un tribunal composé de cinq juges, d'un commissaire du Roi et d'un greffier, qui coûtaient ensemble 1 1 ,400 livres.
Le chapitre consacré au clergé laisse entrevoir page 3oJ le triste effet de la Constitution civile et de la lettre pastorale de M. Rover :
La nouvelle Constitution civile du Clergé, dit M. Segaud, a été reçue diversement dans ce district ; les uns n'y ont vu que l'Église ramenée à son institution primitive ; d'autres n'y ont pas trouve l'unité essentielle à la religion catholique, apostolique et romaine. Libre dans ses opinions religieuses , chacun pouvoit penser d'après ses coniioissances ; l'administration n'avoit rien à y voir, tant que iordre public ne seroit pas menacé ; mais il étoit difficile qu'il ne le fût pas par le schisme qui commençoit à s'introduire dans plusieurs paroisses. Les fonctionnaires publics
salariés par l'État dévoient nécessairement se conformera ses loix, et prêcher l'obéissance; tout au contraire, quelques-uns profanoient publiquement et la loi et le législateur. Les municipalités de Villette et de Châtillon en dressèrent des procès-verbaux ; ils ont été remis à l'accusateur public, qui a rendu plainte contre les deux curés : l'un a été décrété de prise-de-corps et a pris la fuite ; l'autre, moins coupable, fut décrété d'ajournement personnel ; il a prêté ses réponses, a fait l'aveu de ses erreurs et a été provisoirement renvoyé dans ses fonctions. Le tribunal a suivi cette affaire avec tout le zèle dont il est ca^pable ; mais le décret, rendu à la suite de l'acceptation de la Constitution par le Roi (décret d'amnistie), a mis fin à, la procédure.
Deux vicaires inexpérimentés se permettoient dans leurs prônes à Montluel des propos séditieux ; l'administration se réunit au tribunal et à la municipalité pour ramener à l'ordre ces jeunes ecclésiastiques ; ils continuèrent ; et une première peine ne les ayant pas retenus, l'administration se vit forcée à des moyens violents pour prévenir les suites de leurs insinuations dangereuses ; elle recourut au département qui ordonna que l'église de Saint-Etienne seroit provisoirement fermée, et fit défense aux prêtres qui exerçoient les fonctions pastorales de s'y immiscer. En se livrant à cet acte pénible, le Directoire a su s'abstenir de tout ce qui pourroit tenir, même du plus loin, à la perc>écution.
Un abbé Merle, promu aux ordres par l'évêque de Fribourg, a porté ombrage à la municipalité de Chalamont où il célébroit la messe ; le Directoire ne voulant pas mettre la main à l'encensoir, a envoyé les mémoires à l'évêque. Son Conseil a reconnu que cet ecclésiastique avoit été inconstitutionnellement fait prêtre; mais il n'a