CHAPITRE PREMIER
pas eu la force de prendre un parti : l'administration a recouru de nouveau à l'autorité épiscopale, dont elle attend la décision.
Deux curés seulement ont été remplacés ; un petit nombre d'autres, que je nomme pas, dans l'espoir qu'ils viendront à résipiscence, sont dans le cas de l'être ; mais ce changement n'aura probablement lieu qu'après la circonscription des paroisses.
La Lettre pastorale de M. Rover a eu peu de partisans; elle en auroit eu davantage, s'il ne se fût pas un peu écarté de cet esprit de charité, qui doit animer sans cesse les successeurs médiats de saint Pierre : des curés ont lu cette Lettre au prône ; d'autres ont refusé de le faire; les procès-verbaux ont été envoyés au département.
Le tribunal a sévi et flétri les auteurs d'un Mandement répandu sous le nom de M. de Marbeuf, et l'administration a sans cesse rappelé au respect dû aux ministres avoués de la religion (i).
Dans le compte de gestion du district de Bourg pour 1791, nous voyons que les paroisses manquaient de desservants ou vicaires constitutionnels, et que les prêtres réfractaires auraient troublé la tranquillité publique si le procureur-syndic, M. Buget, n'avait dénoncé leurs faits et gestes à l'accusateur public et n'avait requis et obtenu plusieurs condamnations '2 .
(I) Rapport fait à l'ouverture de la session du Conseil de l'administration du district de Montluel. par M. Segaud, procureur-syndic. Lyon, 1791. 38 p. in-4». — Ph. L. D.
(1) Pages 3 et 4 du Compte de la gestion du Directoire du district de HottriT. dtl'ià cité.
Ainsi commença la persécution du clergé fidèle. Le Directoire de l'Ain toutefois se borna, sous le syndicat de Thomas Riboud, à faire exécuter les décrets. Mais, quand Thomas Riboud, nommé député, fut remplacé dans ses fonctions de procureur-général-syndic par M. Gauthier (des Orcières,, la persécution s'accentua et prit un caractère passionné, ce dont fera foi le chapitre suivant.
Quant à l'église constitutionnelle, sa clientèle n'était pas la fleur de la société ; on lit dans le manuscrit de Lalande : « Le 8 septembre (1791). Procession solennelle où toutes les femmes démocrates assistèrent. Le curé (Pacifique Rousselet) espérait ramener les autres ; mais elles aiment mieux ne pas aller à la messe depuis qu'on a fermé les églises des couvents. »
Après l'arrestation du roi à Varennes, l'émigration civait de plus en plus laissé le champ libre à la démagogie. « Étrange doctrine, s'écrie l'abbé de Montgaillard, de poser en principe que, quand un chef d'empire est en péril, celui qui le quitte le premier, et qui se sauve le plus loin, atteint le plus haut degré de la pureté et de la fidélité d'un sujet loyal. Le vertige de l'émigration est incompréhensible. De toutes les parties du royaume il sort des (lots de militaires et de nobles. Beaucoup de