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familles, frappées de terreur panique ou entraînées par la mode du jour, suivent ce torrent et abandonnent la France, dans la crainte que la nouvelle législature n'en ferme les portes : la tyrannie, la crainte du déshonneur et Timitation , voilà les principaux mobiles de cette multitude fugitive f. III, p. 5). «
Il y a du vrai dans cette appréciation. Mais il faut dire, pour justifier Témigration, que si des nobles quittaient la France pour sauver leur tête, d'autres en grand nombre et des milliers d'officiers passaient la frontière pour offrir leurs services à Tarmée de Condé, sur laquelle on comptait pour !e salut de la monarchie. Les royalistes étaient si convaincus qu'ils ne pouvaient faire un meilleur usage de leur épée, que la proclamation du roi aux émigrés du 14 octobre, et ses lettres à ses frères des 1 6 octobre et 1 i novembre ne purent les convaincre de sa sincère adhésion à la Constitution, et qu'ils attribuèrent à l'influence de ses ministres les manifestations de sa volonté.
L'Assemblée législative, par décret du 18 octobre, enjoignit à Monsieur, frère du roi, de rentrer Cl France dans le délai de deux mois, sous peine d'être déchu de son droit éventuel à la régence. Par un autre décret du 9 novembre, elle frappa du : équestre les biens des princes sortis du royaume, et déclara coupables de conspiration les Français
rassemblés au-delà des frontières, s'ils n'étaient rentrés avant le i^"" janvier 1792. Louis XVI sanctionna le décret contre Monsieur; mais il crut devoir apposer son veto à celui du 9 novembre, comme évidemment contraire au principe de liberté consacré par la Constitution. Le même motif lui fit repousser un décret du 29 novembre, qui prétendait obliger les prêtres réfractaires à prêter le serment civique et donner aux directoires de département le droit de les bannir sur la dénonciation de quelques citoyens.
L'achèvement de la Constitution n'avait pas arrêté les troubles. Nous avons cité quelques attentats à la propriété commis du côté de Montluel ; notre département toutefois ne fut pas le plus éprouvé. A Rochefort, les ouvriers du port, en révolte ouverte, forcèrent la municipalité de retirer le drapeau rouge de la loi martiale. A Lille, la garnison entière eut peine à maîtriser le peuple mutiné à propos des billets de confiance donnés en échange de l'argent et des assignats. Dans toutes les provinces l'émeute grondait, appuj^ée souvent par la garde nationale qui devait la réprimer. La capitale était livrée aux mendiants, aux voleurs et aux repris de justice.
Mais les plus grands désordres de cette époque