CHAPITRE PRtMIER. 23 I
furent ceux qui se produisirent dans le Comtat- Venaissin. Cette province avait été réunie à la France par décret du 14 septembre 1791. Une partie de la population d'Avignon, hostile à ce décret, s'empara, le 1 6 octobre, du secrétaire de la municipalité, nommé Lescuyer, lui creva les yeux et Tassassina dans Téglise des Cordeliers. Ce fut le signal d'une lutte terrible. Les Jacobins de la ville, dirigés par Jourdan coupe-tête et soutenus par des bandits italiens, firent un vrai massacre d'hommes, de femmes et d'enfants, jetèrent les cadavres dans une tour du palais dite tour de la Glacière^ et les couvrirent de chaux vive. Les commissaires, envoyés par le roi, procédèrent les 14, 1 5 et 16 novembre, à l'extraction de ces cadavres qui se trouvèrent au nombre de soixante dont treize femmes i . Tous ces débris humains furent déposés dans vingt cercueils et inhumés le 17. Ce jour
(0 Notre compatriote Cerisier inséra dans sa Galette universelle an 17 novembre 1791, une lettre écrite le 4 par les sauvages patriotes d'Avignon et ornée du post-scriptum que voici :
11 P. S. — Des contre-révolutionnaires ont assassiné mon père : j'ai vengé sa mort ; il ne m'a laissé qu'une mémoire irréprochable: et ceux qui se permettent de l'attaquer par la calomnie m'inspirent les mêmes sentiments que les exécrables assassins. — Lescuyer, âgé de seize ans. i>
Cerisier répondit :
Il ... Il n'est que trop vrai que les églises ont été pillées, et les massacres multipliés à Avignon. Si la municipalité a fait vendre les effets enlevés des églises, c'étoient les mêmes brigands qui nous écrivent, qui composoient cette municipalité. Jamais ils n'ont voulu rendre au peuple le compte qui leur étoit demandé : c'est cet injuste refus qui a causé la mort de Lescuyer...
V Le ieune Lescuyer ne sest pas renfermé dans les bornes d'une ven-
même, un soixante-unième cadavre fut découvert près de la Glacière entre deux arbres et déposé dans un cercueil spécial.
L'inhumation fut faite avec solennité. On plaça tous les cercueils sur quatre grands chars attelés chacun de quatre chevaux.
Cela fait, dit le Verbal d'inhumation^ le convoi s'est mis en marche dans l'ordre suivant : deux valets-de-ville avec crêpe ouvroient la marche ; un détachement du 9« régiment de dragons venoit après ; les sept confrairies de pénitens marchoient ensuite ; le clergé venoit après, au milieu des détachemens d'infanterie qui bordoient la haie jusqu'à la fin du convoi, ayant à leur tête la musique militaire et les tambours du 79» régiment, dont les caisses étoient couvertes de drap noir ; ensuite venoientles deux chariots chargés desdits cadavres qui étoient suivis des tambours du ■jy régiment d'infanterie, dont les caisses étoient également couvertes d'un drap noir ; les soldats entourant lesdites voitures, portant un crêpe à leurs fusils ; les poêles litoient portés par huit citoyens notables, vêtus en noir, qui nous précédoient et nous (le maire et les officiers municipaux) terminions le convoi, en compagnie desdits sieurs du Bourg, de la Roque, de Haack (colonel et lieutenants-colonels), et autres officiers du cortège, quisuivoient avec un grand nombre de citoyens, qui étoient également
r.oance personnelle. Entre les victimes immolces par ce jeune tigre aux i lânes de son père, on compte M. Gérard, officier municipal, qu'il a poignardé de ses propres mains, quoi qu'il ne pût avoir trempe dans la mort de Lescuyer, puisqu'il étoit prisonnier depuis deux mois. Il sera cjnstaté bientôt que ces malheureuses victimes, loin d'avoir cherché la contre- révolution, étoient les plus zélés partisans de la réunion à la i'rancc. <<