‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 122 sur 217 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

vêtus de noir. Et enfin le convoi étoit fermé par le 5" rériment d'hussards.

Dans cet ordre nous avons parcouru les principales rues .:e la ville, la musique répe'tant sans cesse des airs lugubres, et les tambours des sons usités dans ces tristes circonstmces, ce qui auroit arraché les larmes à tous lesassistans et spectateurs du convoi.

Pendant le cours de cette marche lugubre, les gémissemens et les pleurs se faisoient entendre de toute part parmi le peuple ; les pères, les mères, les enfants et les neveux, en donnant des éloges mérités aux nombreux citoyens, officiers et soldats qui remplissoient un devoir si pénible, les interrompoient par les cris du plus sombre ..lésespoir; ils sembloient n'invoquer le ciel et les hommes ';ue pour demander vengeance et justice contre les coupai.auteursde leurs infortune (i).

Notre député, Thomas Riboud, trouva dans le Comité de Tinstruction publique, dont il faisait i)artie, une occupation conforme à ses goûts. Le 7 novembre, il combattit M. de Condorcet soutenant que Vinstruction doit être entièrement indépendante de tous les pouvoirs publics. Ce principe ne tendait rien moins qu-à ôter à F État la direction de renseignement et à supprimer Puniversité. Or, rinstruction publique présentant un intérêt social de premier ordre, il est évident que tout gouver-

(i) Les Citoyens d'Avignon à toute la France. Avignon. 17 novembre, 1791, 16 p. in-4''.— Ph. L. D.

nement a le droit et le'devoir de la donner, ou tout au moins de l'encourager, de la surveiller.

(( Il importe grandement, dit Thomas Riboud, de la surveiller pour que Tesprit de système et d'innovation ne prépare pas sans cesse des révolutions dont la fréquence serait infiniment funeste. Il est prudent de ne pas abandonner la jeunesse à l'influence d'un enseignement contraire à la Constitution. Si rÉtat s'effaçait complètement, on verrait surgir une nouvelle corporation aussi dangereuse que puissante. Les établissements d'instruction ou plutôt leurs directeurs et professeurs s'isoleraient bientôt du reste de la société, bientôt ils s'uniraient pour la mouvoir à leur gré. Rien ne pourrait résister à leurs efforts -, peu à peu ils concentreraient les lumières dans leur enceinte et exerceraient sur l'opinion un empire irrésistible 'i). »

Le droit d'instruction appartient donc à l'État. Mais l'État, quelle que soit sa forme politique, royaume, empire ou république, ne saurait être gouverné sans morale et sans Dieu. La grande faute du gouvernement actuel est de trop écouter les apôtres du matérialisme qui conduisent la société à sa ruine. Nos hommes d'État oublient trop que cesl d^ rinstruction de la jeunesse^ comme le disait Barthélémy, que dépend le sort

(i) Observations lues au Comité de l'instruclion publique le 7 novembre 77.9/. Ms. de 8 pages. — Ph. L. D.

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