‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 125 sur 217 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

intrus. On va jusqu'à le menacer de le jeter par la fenêtre de sa chambre. Secouant alors, selon l'Évangile, la poussière de ses souliers, il quitte Loyes, et se rend dans la paroisse du Montelliei-, oij il est réclamé comme curé, en remplacement de M. Barbier, mort insermenté.

Mais révêque Royer ne le laisse pas en paix ; il le dénonce comme prêtre e.xerçant le saint ministère sans serment et sans mission constitutionnelle. Un arrêté fulminant est lancé contre lui par le département, sur le réquisitoire de ÏM. Gauthier (des Orcières) et publié à Montluel le 19 mars. Deux jours après, le 2 1 , il est conduit par les gendarmes devant le juge de paix de Meximieux, puis de là, dans la prison de Montluel, afin de paraître devant le juge d'accusation.

Dès mon arrivée à Montluel, le directeur du jury me fit enfermer dans une prison très étroite. Les murs recrépis et réparés depuis trois jours étoicnt tout mouillés ; mes mains s'y imprimoient profondément; la vapeur meurtrière de la chaux me suffbquoit ; l'humidité pénétroit rnes habits ; j'étois tremblant et saisi ; je n'y pus tenir longtemps ; on fut contraint de me transférer ailleurs, parce que je tombai dans une défaillance dont la première cause ttoit l'insalubrité de ma prison. Le lendemain, lorsque je fus remis, M. Aynard commanda au geôlier de m'y reconduire ; il fallut en faire sortir les maçons qu'on y avoit mis pendant cet intervalle pour achever les réparations. l?lusieurs personnes sensibles lui firent des observations Tome II, , ,

sur le danger évident que je courois, on ne put rien gagner : il fallut que le district intervînt pour me tirer de là(i).

Suivons maintenant le récit du chanoine Cattin, auteur des Mémoires rédigés pour Thistoire des diocèses de Lyon et de Beliey sur les notes mêmes de M. Ruivet :

Le directeur du jury, M. Aynard, ci-devant ne'gociant à Lyon, avait déclaré le prévenu coupable de tous les griefs dont le procureur-général-syndic, M. Gauthier (des Orcières) l'avait accusé dans son arrêté. Le directeur du jury eut l'attention d'enjoliver ses griefs par un préambule grandiose et par des considérants d'une exagération qui fit pitié aux jurés de Bourg quand on en fit la lecture en plein tribunal.

Le prévenu fut donc transféré à Bourg où il fut écroué et où, après avoir été interrogé le 24 mars, il attendit son jugement...

Deux accusés figuraient dans cette affaire, M. Dépaillières, curé de Villieu et de Loves, et M. Ruivet, son vicaire à Loyes. M. Dépaillières avait fui prudemment... Il était titulaire, touchait un traitement, avait prêté serment et avait eu le courage de le rétracter, circonstance aggravante .

L'attention générale était fixée sur le jugement attendu. S'il était favorable, c'était un triomphe pour la religion ; si le prévenu était condamné, les constitutionnels, les frères et amis et surtout le procureur-général-syndic triomphaient au contraire. Le dernier surtout mettait beaucoup de chaleur à soutenir son premier ouvrage, qui (i) Plaidoyer, déjà cité.

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