CHAPITRE II. 24J
Jtait l'arrestation du prévenu. Il avait à sa disposition les frères et amis. Quoiqu'ils n'eussent pas besoin d'être aiguillonnés, cependant on l'avait fait activement. Le président du club leur annonça publiquement et d'avance le jour du jugement, avec invitation de s'y rendre. Les bons étant instruits et craignant quelques violences, s'y rendirent aussi. On s'attendait donc à une séance orageuse.
Les deux défenseurs, M. Cozon, avocat, qui était l'aigle du barreau de Bourg, et Î^L André, avoué distingué, ne se laissèrent pas intimider; ils étaient prêts à tout. Le prévenu, il est vrai, ayant rédigé lui-même son plaidoyer et l'ayant fait imprimer, la plus forte partie de la responsabilité ne pesait pas sur les défenseurs... Ce plaidoyer fit une profonde impression; M. Cozon l'augmenta par un discours fort de raisons. Les frères et amis comprirent que leur victime allait leur échapper ; ils se permirent le propos assez énergique : Le b , s'il est absous^ il faut l'assommer...
Le prévenu fut unanimement acquitté, avec ordre de le mettre en liberté. Mais M. Dépaillières fut condamné à six ans de fer avec exposition. Les frères et amis comm^ençaient à murmurer sourdement. ^L Perrot, alors procureur du roi, crut prudent d'interjeter appel à la Cour de cassation et de demander que le prévenu fût rétabli en prison. Peut-être cet acte suspendit-il les tentatives de
forcenés
Le lendemain on lui signifia le pourvoi en cassation, et M. Merlino, un des juges (i), animé d'un zèle patriotique et ardent, courut au club déposer 5o francs entre les mains du président pour en appeler contre son propre jugement d'absolution. M. Gauthier avait déclaré qu'il péril Le jugement fut rendu le 16 juin 1792 ; étaient présents MM. Meunier, président, Merlino, Larochette et Breghot, juges, Collet, greffier.
drait son nom si le jugement n'était pas cassé. — M, Gauthier était tout puissant alors. — Il fut bientôt après nommé député à la Convention où il jugea l'infortuné Louis XVI. Son vote est connu. Il fut rappelé d'exil, et touchait même, dit-on, une indemnité annuelle sous Louis-Philippe. — Il eut raison ; le jugement fut cassé au bout de cinq mois et on renvoya le prisonnier pour être de nouveau jugé par devant le tribunal criminel du Jura...
Je dois dire à la louange des catholiques de Bourg qu'ils donnèrent en cette occasion une nouvelle preuve de l'intérêt constant qu'ils avaient montré pour ce jeune prêtre. Ils firent les frais de son nouvel habillement, parce qu'il ne pouvait plus, d'après le dernier décret, porter sa soutane hors de prison. Il fut pourvu par eux aux dépenses de son voyage à Lons-le-Saunier et de celui de ses deux conducteurs, MM. Mathieu, homme au-dessus de son état d'huissier, et Bataillard, son confrère ; car le tribunal avait consenti, à la sollicitation de ces pieux chrétiens, à ce que le prisonnier ne fût pas conduit par la gendarmerie...
II fut jugé criminellement au bout du mois. Dix-huit témoins à charge, quelques-uns à décharge, de Loyes et de Villieu, furent assignés à venir de nouveau déposer à Lons-le-Saunier, à dix-huit lieues de distance et par un temps affreux. Les débats et le prononcé du jugement ne durèrent qu'un jour. Si la sévérité du procureur national, qui, dans sa plaidoirie véhémente, opina pour la mort de l'accusé, effraya l'auditoire (i), une scène inattendue fit une diversion complète avec ce cri de mort.
Au nombre des témoins à charge, en effet, se trouvait une fille de Loyes, nommée Claudine Belon. Interrogée par le président, M. Marmet de Salins, si elle connaissait
(i) II se donna lui-même la mort, un mois après.