CHAPITRE II
M. Joseph Ruivet, prêtre accusé ici présent, elle répondit que non. Elle ne l'avait jamais vu qu'en soutane, et ne le reconnut pas sous son nouveau costume. — Comment, lui dit le prévenu en se tournant vers elle, Claudine, vous ne me connaissez pas? — Au son de sa voix et le voyant en face, elle s'écria aussitôt : Oh ! c'est bien lui; oui, oui, je le reconnais à présent. — Eh bien, lui dit M. Marmet, vous vous êtes confessée à lui ? Elle répondit que oui. — Puisque cela est, ajouta avec gravité M. le Président, déposez ce qu'il a dit en confession. — Ce qu'il m'a dit, repartit-elle avec vivacité, mais avec une ingénuité remarquable, ce qu'il m'a dit! vous le voulez savoir! Eh bien, il ne m'a dit que de bonnes choses, et moi je ne lui ai dit que des sottises !1!
Cette réponse produisit une telle explosion d'hilarité parmi les nombreux auditeurs et parmi les juges, qu'on ne s'entendait plus dans la salle... Les jurés et les juges comprirent l'injustice et le ridicule de condamner un prêtre 3ur les dépositions faites par ses pénitents ; et il intervint, eu faveur du prévenu, un jugement d'une absolution pleine en entière, contre lequel le procureur national n'osa se pourvoir.
Le prisonnier fut donc immédiatement mis en liberté h. la satisfaction générale et avec des preuves d'un intérêt particulier. Il était temps de sortir de prison. Trois jours après, il eût été trop tard. Car il fut jugé le 18 janvier 1793, et le roi-martyr fut immolé le 21 (i).
Le jeune prêtre, ainsi persécuté par 3,1. Gautliier des Orcières , est mort vicaire-générai de
Mémoires pour servir à Vhistoire ecclésiastique des diocèses de et Je Belley. par le chanoine Cattin, p. 3i6 et 35i.
Mgr. Dévie, après une carrière apostolique des plus utiles et des plus honorables. Cest lui qui fonda le petit séminaire de Meximieux et qui décida le Conseil général de TAin à céder le couvent de Brou au grand séminaire.
M. Pôpulus, ex-constituant, écrivit de Bourg à M. Thomas Riboud, à la date du « 10 janvier, an IV de la liberté » une lettre dans laquelle nous lisons :
Les deux veto que le Roi avoit successivement apposés aux deux décrets portés contre les émigrés et les prêtres, qui se refusent à se soumettre aux loix, avoient beaucoup alarmé ceux qui sont sincèrement attachés à la Constitution ; mais le décret d'accusation que l'Assemblée adonné pour étrennes à la France (i) a ranimé le courage en rendant l'espoir. C'est maintenant à la haute Cour nationale à faire son devoir ; elle seroit vue de mauvais œil, si elle montrait la moindre foiblesse (2).
M. Populus était fier de la part qu'il avait prise à la Constitution. Brillât-Savarin, nous le verrons tout à rheure, se glorifiait aussi de son titre de constituant. Mais tous deux se séparèrent de la
(i) Décret du i" janvier 1792 qui mit en accusation pour être jugés par la haute cour nationale séante à Orléans, les frères du roi, le prince de Condé, l'ex-ministre de Galonné, et les constituants le)|marquis de Laqueuille et le vicomte de Mirabeau, comme prévenus d'attentat et de conspiration contre la sûreté générale de l'Etat et la Constitution.
(2) Lettre inédite. — Ph. L. D.
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Révolution, quand elle devint tyrannique et sanglante.
Le 12 janvier 1792, un habitant de Montluel se plaignit d'un abus d'administration dans une lettre signée de trois étoiles et adressée à M. Gauthier ci-devant Desorcières, jadis Avocat, actuellement Homme de loi et Procureur-général-syndic du département de TAin. -■ Après un préambule très poli :
Le croiriez-vous, lui dit l'anonyme, malgré la défense faite aux administrateurs de se loger dans les édifices nationaux (décret du 16 octobre 1790, sanctionné le 23), trois ou quatre de nos administrateurs-directeurs, et un administrateur-commis de bureau sont, à votre insçu, domiciliés et casés dans l'hôtel ou maison d'administration.
Il s'en faut de beaucoup que je croie qu'ils se chauffent, s" éclairent et fassent la fourniture de leur petit ménage aux dépens de la chose publique; leur honnêteté connue et la confiance qu'ils ont obtenue de leurs concitoyens, m'est un garant certain qu'ils sont incapables d'en user ainsi ; mais...
Nous sommes. Monsieur, dans des circonstances régénérantes, et où il n'est pas permis à des administrateurs, enfants delà Constitution, d'en violer ni l'esprit ni le texte, sms s'exposer à la censure de tout citoyen aimant le bien et voulant Tordre. Beaucoup de personnes murmurent tout tas contre l'abus dont je vous parle, beaucoup d'autres se rappellent les thèses qu'a eu à soutenir votre prédécesseur lors de la formation des corps administratifs, époque où certains de MM. les nouveaux-nés manifestaient
la même envie que se sont permis de réaliser quelquesunsde leurs successeurs. Que fit alors M. le procureur-général-syndic, M. Riboud ? Il s'éleva avec force contre les assiégeants ; la loi dont vous pouvez exciper n'existoit pas alors, et cependant par ses raisonnements solides, par sa fermeté, il parvint à repousser l'introduction d'un usage abusif, qui n'auroit pas dû se reproduire depuis la loi que j'ai rappelée, et qui, en canonisant la manière de voir de M. Riboud, auroit dû prouver à tout administrateur que la maison de l'administration ne doit jamais fournir le tableau dispendieux et dégoûtant d'une hôtellerie nationale.
Actuellement, Monsieur, que vous voilà instruit, j'espère, et bien d'autres citoyens avec moi, que vous allez user avec succès de vos forces réquisitoriales pour faire refluer dans la ville MM. les administrateurs et commis cantonnés dans l'enceinte du département...
Un refus obstiné porteroit à ce raisonnement bien naturel de la part des ennemis du nouvel ordre des choses : Quand il s'agit de gêner la liberté des opinions religieuses^ de fermer des églises, de poursuivre des prêtres, d'inquiéier des filles solitaires qui ne demandent pour tout bien que la paix ^ alors MM. les Administrateurs du Directoire du département de l'Ain sont tout de feu; alors ils volent au devant de la loi; ils l'interprètent., la plient à leur manière de voir, et de telle sorte que leurs arrêtés se trouvent même en opposition soit avec la constitution soit avec la conduite tenue dans des circonstances pareilles par les Directoires des départements voisins; mais quand leurs intérêts se montrent, dès lors la loi n'a plus d'empire, régdisme triomphe, et le flambeau du patriotisme s'éteint entièrement dans leurs mains (i).
[i) Lettre des habitants de Moyitluel à M. Gauthier ci-devant Desohi.iÈRES, jadis avocat, actuellement homme de loi. et procureur-général-