CHAPITRE III. 2t
les talents militaires et les bonnes intentions du général Luckner, lorsque nous apercevrons qu'il s'occupe de nos frontières.
Nous apprendrions avec peine que l'administration des postes se refusât à l'établissement du courrier de Bourg à
Saint-Jean-le-Vieux ou lieux voisins Il nous faut dix à
douze jours pour avoir réponse de Belley ou de Gex; ce n'est pas avec une correspondance aussi lente qu'une administration peut bien aller...
Vous avez appris avec étonnement sans doute les mouvements qui ont eu lieu dans Marseille et ses environs. Nous sommes menacés d'une anarchie complète par l'inaction des personnes chargées de l'exécution de plusieurs loix, et par le défaut de précautions contre les intrigues et les horreurs du fanatisme. Quand la loi se tait, quand on ne veille pas scrupuleusement à son application, le peuple se rend justice lui-même. Il a partout cette disposition ; \ ous n'en sauriez douter; elle éclatera dans notre département comme ailleurs si les autorités constituées ne parviennent à l'en détourner, non par des moyens de force qui échoueraient facilement, mais par des loix sages qui mettroient enfin un terme aux maux qui nous affligent et qui en préviendroient de plus grands encore. Nous vous l'avouerons, il nous paraît bien étonnant qu'un état aussi critique ne fixe pas toute l'attention des autorités constituées, et qu'il ne se fasse rien pour y remédier.
Nous serons toujours renonnoissants des services particuliers que vous voudrez bien rendre à notre département; mais nous réclamons encore, au nom de la patrie qui est ei danger, assurance et protection pour la loy, et prompt moyen de répression contre les détracteurs de la Constitution, dont l'impunité devient de plus en plus dangeî-cuse.
Les Administrateurs du Directoire et Procureur-général-syndic du département de l'Ain : Vaulpré, Martinon, RouYER, Baret, Tardy, Gauthier, Jourdan, Guillon(i).
Le même jour, le bataillon des volontaires de Rhône-et- Loire traversa Bourg; le club leur ouvrit ses portes, et Blanq-Desisles ne manqua pas cette occasion de débiter ses forfanteries patriotiques :
Frères et amis,
Nous avons vu arriver aujourd'hui le bataillon de Rhône-et-Loire; nous l'avons vu se ranger en bataille, s'exercer devant nous aux évolutions militaires ; l'assurance, la fermeté, la précision, et, plus que tout, ce feu de la liberté qui pétillait dans les yeux de ces braves volontaires, doivent à jamais nous rassurer sur nos foyers. Bannissons nos alarmes, n'écoutons plus ces vains bruits qui frappent sans cesse nos oreilles, ces plaintes insidieuses, ces craintes pusillanimes, ces doutes continuellement jetés dans nos âmes par des lâches qui voudroient nous exciter à leur ressembler. La patrie sera sauvée malgré eux ; malgré eux, nous la verrons triomphante.
Encore un instant, et la honte ou la rage s'empareront des perfides. L'univers armé contre nous serait impuissant pour nous faire rétrograder. Nous tiendrons tête à tous les tyrans; qu'ils approchent, la France sera leur tombeau...
O liberté, liberté ! sois toujours la déesse de ma patrie ; protège tes enfaus ; tu le vois, ils te pressent, t'embrassent avec ardeur, tu vis dans nos âmes, tu circules dans notre sang...
(i) Lettre inédite.— Ph. L. D.