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CHAPITRE III

Oui, citoyens, et je vous le jure, si dans ce moment un tyran frappait mon sein, mon dernier soupir en l'exhalant bégaierait encore ces mots : liberté^ liberté \ ils retentiraient malgré lui dans son âme, tout son être en frémirait, et je serais vengé.

C'est vous, guerriers volontaires de Rhône-et-Loire, qui m'avez inspiré d'être l'organe de cette société... Quel soulagement n'avons-nous pas éprouvé, lorsque nous vous avons vu tels que nos cœurs le désiraient, disciplinés, aguerris... Que votre nom seul intimide les traîtres, que votre regard vigilant les reconnaisse, que votre présence les disperse ou les atterre.. . Vous y parviendrez en sachant toujours allier la prudence au courage, la subordination a rfntrépidité. Pour rassembler toutes ces vertus, vous n'avez besoin que de vous souvenir que vous êtes français.

Demain vous partez, chaque jour vous approche de la frontière ; c'est là que les destins vous attendent, c'est là

que doit se plaider la grande cause des Nations Nous

allons faire mention honorable de votre passage dans celte ville, et de l'esprit qui vous anime. Revenez bientôt, nous inscrirons votre victoire et nous vous couvrirons de lauriers ; ils vous seront chers ; car des hommes libres n'en distribuent qu'à ceux qui les ont bien mérités. Cette idée peut seule agrandir vos âmes et doit transformer en im instant tous vos volontaires en héros (i).

Au bas de la quatrième page on lit : a La Société a ordonné l'impression du discours. Duparc, président^ Reux, Quinet, Gaillard, Cagneux, secrétaires.

(i) Société des Amis de la Constitution de Bourg. Discours de M. DesiSLEs, officier municipal, prononcé aux volontaires de Rhône-et-Loire à la séance du 4 mars 1792, l'an IV de la Liberté. ^ p. iii-8. — H. Gloria.

En commençant l'histoire du mois de mars 1792, MM. Bûchez et Roux font des réflexions qui nous paraissent fort justes :

Nous voici parvenus, disent-ils, au moment de l'anarchie. En tous lieux, à la même heure, l'entière désorganisation de la société monarchique se témoigne par de tels désordres et par de telles frayeurs qu'il nous faut remonter jusqu'à la démence de Charles VI pour trouver dans nos annales quelque chose de semblable...

Interrogez les vieillards sur les plus effrayants de leurs souvenirs révolutionnaires; ils vous répondront que le régime des terroristes n'a rien de comparable à l'anarchie qui désola le royaume pendant les mois de février et de mars 1792. Le manque absolu de sécurité, suite nécessaire de la ruine du pouvoir, abandonna un instant nos pères à cette peur mystérieuse et fatale qui s'emparait autrefois des peuples dans le passage d'un état social à un autre, entre deux civilisations consécutives...

Depuis quatre mois, on n'entretenait le peuple que de l'imminence d'une guerre européenne. Les querelles religieuses étaient devenues irréconciUables. Sauf quelques exceptions bien rares, le nouveau clergé affichait des mœurs soi-disant philosophiques, mais en réalité impures et scandaleuses aux yeux des honnêtes gens. Ces prêtres enseignaient, par leurs exemples, que la Révolution était une œuvre d'égoïsme, et qu'eux en particuher y avaient cherché le droit du mariage, ou celui du célibat libre, désormais, non seulement de toute contrainte réelle, mais encore de toute contrainte apparente. Les membres de l'ancien clergé, qui avaient d'abord prêté serment à la Constitution civile, parce qu'ils la regardaient comme une réforme destinée à purifier l'Église et à la ramener au

dévouement évangélique, s'étaient presque tous rétractés. Ainsi, les populations des campagnes et les dernières classes des villes, la masse nationale voyant les prêtres vertueux, ceux en qui elle avait toujours reconnu la foi et les œuvres, se retirer de la Révolution ou la combattre, tandis que les prêtres incrédules la soutenaient en proportion de leur incrédulité même, il en résulta, pour cette masse encore foncièrement chrétienne, au moins du doute et de l'hésitation...

L'attention, détournée depuis trois ans des délits privés, et occupée tout entière des affaires publiques, laissait une grande liberté à ce que la France renfermait de malfaiteurs; les voleurs, les faussaires, les assassins, les forçats libérés vaguaient sans être ni surveillés ni assujettis à aucune formalité de résidence. Depuis quelque temps on n'en parlait qu'avec effroi, et le mot de brigands par lequel on les désignait, avait retenti dans tous les journaux et même à la tribune nationale (i)

Nous trouvons trace de cette terreur panique dans deux documents de Belley.

L'un est une proclamation municipale, rappelant divers textes de lois par le motif que, « faute d'avoir une connoissance suffisante de la plupart de ces loix, un grand nombre de citoyens, peu éclairés, pourroient, comme cela est arrivé en divers lieux du royaume, se laisser égarer par certains ennemis secrets de la tranquillité publique, qui, n'osant pas agir eux-mêmes et se montrer à

(i) Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution française, t. XIII, p. 32a.

découvert, cherchent à exciter le peuple et à se servir de lui comme d'un instrument aveugle pour l'exécution de leurs criminels desseins (i). »

L'autre est un discours prononcé par Brillât- Savarin, à propos d'une élection de juge de paix. Après avoir loué l'institution des juges de paix, due à l'Assemblée constituante dont il fit partie, l'orateur rassure les esprits en annonçant la prochaine défaite des ennemis de la Constitution, c'est-à-dire des nobles et des prêtres.

Vainement nos ennemis communs rugiront-ils au dehors ; ils trembleront en pensant aux phalanges guerrières que cette terre féconde a enfante'es en un moment... Plus vainement encore ces ennemis intrigueroient-ils au dedans, la loi les fera rentrer dans la poussière. Le fanatisme, ce vieil ennemi de nos pères, a laissé tomber son poignard devant le flambeau de la raison. Les titres que la Constitution proscrit commencent à être ridicules ; bientôt ils deviendront des injures ; et après soixante siècles d'erreurs, ce premier vœu de la nature qui nous fit tous égaux sera enfin accompli (2). ^

Notre département, habitué à l'ordre par ses précédents administrateurs, traversa sans secousse violente la crise anarchique de février et mars 1792;

(i) La Municipalité de Belley aux Citoyens. Bellcy. 1792. 8 p. in-4° Ph. L. D.

(2) Discours prononcé par J.-A. Brillât-Savarin, membre de l'Assei blée constituante, président du tribunal, à l'ouverture de l'Assembh convoquée pour la nomination d'un juge de paix de Belley, le 2 b 1792. Belley, 1792, 8 p. in-4». — Ph. L. D.

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