‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 140 sur 217 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

S'il éprouva quelque agitation, c'est le Directoire qui la provoqua lui-même en donnant l'exemple de la persécution religieuse. Il est probable que la magistrature de Bourg se contenta de lire à l'audience publique du 1 2 avril et de faire afficher une lettre ministérielle du 5, appelant les foudres Judiciaires sur la tête des prêtres non assermentés, traités de factieux et d'hypocrites fanatisés par V amour des richesses et de la domination (i).

Une des causes de la panique, la disette, qui sévissait dans plusieurs provinces, notamment dans le Midi, par suite de mauvaises récoltes, se fit moins sentir dans notre pays. Cependant, au mois d'avril, le prix des denrées devint excessif. Alors le Directoire rappela au commerce les lois prohibitives de l'exportation, et remit en vigueur ses prescriptions du 17 août 1 790, pour la surveillance de la frontière et des marchés ; ce qui calma Tinquiétude et l'effervescence du peuple (2;.

Ecoutons maintenant un illustre contemporain, André Chénier ; son article du 26 février 1792,

(i) Lettre du Ministre de la Justice aux juges du tribunal du district di^ Bourg relative aux opinions religieuses, dn b ayril 1792, signée par Roland, comme ministre de la Justice par intérim. Bourg, 1792. Affiche. - C" D.

(2) Arrêté du Directoire du département de F Ain concernant l'exportation des grains et autres marchandises dont la sortie est prohibée. Du 4 avril 7792. Bourg. 1792. 6 p. in-4». — Ph. L. D.

i74 SIXIEME EPOQUE.

contre les Jacobins va nous mettre sur la voie de la véritable cause de Panarchie.

Il existe au milieu de Paris une association nombreuse qui s'assemble fre'quemment, ouverte à tous ceux qui sont ou passent pour être patriotes, toujours gouverne'e par des chefs visibles ou invisibles qui changent souvent et se détruisent mutuellement ; mais qui ont tous le même but, de régner; et le même esprit, de régner par tous les moyens. Cette Société, s'étant formée dans un moment où la liberté, quoique sa victoire ne fût plus incertaine, n'était pourtant pas encore affermie, attira nécessairement un grand nombre de citoyens alarmés et pleins d'un ardent amour pour la bonne cause. Plusieurs avaient plus de zèle que de lumières. Beaucoup d'hypocrites s'y glissèrent avec eux, ainsi que beaucoup de personnages endettés, sans industrie, pauvres par fainéantise, et qui voyaient de quoi espérer dans un changement quelconque. Plusieurs hommes justes et sages, qui savent que dans un État bien administré tous les citoyens ne font pas les affaires publiques, s'en sont retirés depuis. D'où il suit que cette association doit être en grande partie composée de quelques joueurs adroits qui préparent les hasards et qui en profitent; d'autres intrigants subalternes à qui l'avidité et l'habitude de mal faire tiennent lieu d'esprit; et d'un grand nombre d'oisifs honnêtes, mais ignorants et bornés, incapables d'aucune mauvaise intention, mais très capables de servir, sans le savoir, les mauvaises intentions d'autrui.

Cette Société en a produit une infinité d'autres (alors sept à huit cents). Presque toutes sont soumises aux ordres de la Société-mère, et entretiennent avec elle une correspondance très active. Elle est un corps dans Paris, et elle est à la tê«e d'un corps plus vaste qui s'étend sur toute la

Page 1