CHAPITRE II
f de punir, quand tout ce qu'il y a de plus grand, de plus « auguste, n'est pas vengé des libelles qu'on répand avec « profusion !... »
La discussion s'échauffa de part et d'autre à un point extrême, a Quand on s'est honoré de la peine de la cen- « sure, dit Barnave, la peine la plus douce que.... » M. de Faucigny, transporté d'indignation, interrompit l'orateur à ces mots, et dit, en s' avançant impétueusement au milieu de la salle : t Ceci a l'air d'une guerre ouverte de la majot rite contre la minorité ; et pour la faire finir, il n'y a « qu'un moyen, c'est de tomber le sabre à la main sur ces H gaillards-là (i). »
Le côté gauche qu'il désignait se lève en fureur, le président de Frondeville, alarmé pour M. de Faucigny, s'élance à la tribune : Barnave reprend la parole et modifie la phrase qu'il avoit commencée. Il ne parle plus de prison, mais seulement de priver M. de Frondeville de la liberté pendant un certain temps. « Quant au nouveau fait « qui vient d'avoir lieu, ajouta-t-il, et dont nous devons « tous être attristés, je ne l'examinerai pas au fond, mais « le respect que l'Assemblée se doit exige que M. le présii dent donne des ordres pour que l'on s'assure sur-le- « champ de la personne... »
Le président de Frondeville ne laissa pas achever cette phrase, et s'écria avec l'émotion la plus touchante : « Oui, ï messieurs, je suis coupable, très coupable. Du moment :( où, pour ma défense, il est échappé à un de nos coUèï gués un mouvement de violence qui pourroit avoir les
(i) Si l'on en croit le manuscrit de Lalande, le député bressan se senrit l'un terme plus énergique commençant par B.
Dans leurs lettres du 22 août, MM. Picquet et Bouveyron, d'une part, M. Populus, de l'autre, ne donnent aucun détail sur cette scène, qu'ils mentionnent aussi brièvement que possible.
Cl suites les plus fâcheuses, j'ai senti combien mes torts « étoient graves... Mais je vous en supplie, messieurs, je « vous en conjure, ne voyez que moi ; que la peine porte « tout entière sur moi ! ... Je m'accuse aux yeux du public (' et de rAssemble'e... Je suis au désespoir d'être la cause « d'une pareille scène... Je vous demande de me punir, je « suis prêt à me rendre en prison; mais je vous en con- « jure, au nom de votre sensibilité, au nom de la patrie, « ne voyez que le premier mouvement d'une tête exaltée « dans renonciation qui vient d'échapper... et qui ne peut « être l'expression d'un sentiment... Je vous en supplie « encore, faites tomber toute la peine sur moi... Envoyez- « moi en prison, je m'y rends... Jetez un moment les yeux c sur moi ; je sais que je n'ai pas mérité votre indulgence ; « mais je serois aussi trop cruellement puni, si vous donce niez des suites à la délibération qui se prépare... Para donnez à mon trouble, j'esquisse mal les sentimens de « mon cœur, ils sont trop tumultueux... Je vous le dece mande en grâce, qu'il n'y ait de punition que pour moi, « qu'elle soit plus grave, j'en fais la motion, et je supplie « qu'on la décrète à l'instant. »
Ce noble mouvement de sensibilité fit l'impression la plus favorable sur toute l'Assemblée, les ressentimens, les idées de vengeance, s'évanouirent ; les larmes les plus douces brilloient dans tous les yeux, et des applaudissemens universels remercièrent l'orateur d'avoir produit une aussi heureuse révolution. Il ne fut plus question d'envoyer M . de Frondeville en prison ; le député qui en avoit fait la motion, la retira, et proposa de réduire la punition que M. de Frondeville reconnoissoit avoir encourue, à huit jours d'arrêt dans sa maison, et cette proposition fut décrétée à une grande majorité.
M. de Faucigny désavoua le propos qui lui étoit échappé