CHAPITRE III
France. C'est ainsi que l'Église de Rome plantait la foi et gouvernait le monde par des congrégations de moines...,.
Cette congrégation fut imaginée et exécutée par des hommes très populaires, il y a deux ans, et qui virent fort bien que c'était un moyen d'augmenter leur pouvoir et de tirer un grand parti de leur popularité...
Là, se manifestent journellement des sentiments et même des principes qui menacent toutes les fortunes et toutes les propriétés...
Là, se distribuent les brevets de patriotisme. Tous les membres, tous les amis de ces congrégations sont de bons citoyens ; tous les autres sont des perfides. La seule admission dans ce corps, comme le baptême de Constantin, lave tous les crimes, efface le sang et les meurtres. Les monstres d'Avignon ont trouvé là des amis, des défenseurs, des jaloux.
Ces Sociétés, se tenant toutes par la main, forment une espèce de chaîne électrique autour de la France. Au même instant, dans tous les recoins de l'empire, elles s'agitent ensemble, poussent les mêmes cris, impriment les mêmes mouvements, qu'elles n'avaient certes pas grand'peine à prédire d'avance.
Leur turbulente activité a plongé le gouvernement dans une effrayante inertie. Dans les assemblées primaires ou électorales, leurs intrigues, leurs trames obscures, leurs tumultes scandaleux, ont fait fuir beaucoup de gens de bien. Partout les juges, les administrateurs, tous les officiers publics, qui ne sont point leurs agents et leurs créatures, sont leurs ennemis et en butte à leurs persécutions. Usurpateurs même des formes de la puissance publique, ici, ils se transportent à un tribunal et en suspendent l'action, là, ils forcent des municipalités à venir chez eux recevoir leurs ordres. Dans plus d'un lieu ils ont osé
entrer de force chez les citoyens, les fouiller, les juger, le; condamner, les absoudre. La rébellion aux autorités légitimes trouve chez eux protection et appui. Tout homme se disant patriote, et qui a outragé les lois et leurs organe; vient s'en vanter parmi eux...
Ils ne laissent pas de se plaindre eux-mêmes de l'inexé cution des lois. Ce gouvernement, dont chaque jour ih embarrassent la marche, ils l'accusent chaque jour de m point marcher. Chaque jour ils invoquent la Constitution, et chaque jour leurs discours et leur conduite l'outragent... Voilà dans quel chaos ils ont jeté cet empire (i)..,
André Chénier avait raison, l'anarchie était surtout l'œuvre des Jacobins dont la puissance allait grandir de plus en plus aux dépens de l'autorité légitime. Mais il faut ajouter ce qu'André Chénier, admirateur de la Constitution, ne pouvait avouer, c'est que cette Société dite d'abord des Amis de la Constitution et toutes celles qui lui étaient affiliées dérivaient de la Constitution, et que la Constitution par conséquent était la cause première du mal.
(i) André Chénier, Œuvres en prose, édition de 1872, p. 120.