‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 163 sur 217 · CHAPITRE VI. 6lO · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 6lO

lieu de se retirer, dit qu'il vouloit parler à M. Loubaz père ; et lorsqu'il fut venu dans la cour, il lui reprocha en termes dont la colère et le vin l'empêchoient de sentir la force, qu'il l'avoit injustement fait mettre en prison il y avoit douze ans, que cette détention lui avoit fait dépenser une somme de 22 livres, et qu'il falloit la lui rembourser. Soit par justice, soit par crainte ou par compassion, madame Loubaz lui compta aussitôt et sans observations la somme de 22 livres ; ensuite Juliéron se retira.

Telles sont les violences que l'exposant s'est permises, et dont il fait l'aveu formel : il n'ignore pas qu'elles sont répréhensibles, mais il soutiendra toujours qu'elles ne portent aucun des caractères du crime...

Quoiqu'il soit évidemment prouvé que les motifs d'accusation contre Juliéron dévoient se réduire à l'enlèvement des deux fusils et à la demande d'une somme de 22 livres (i), on sera sans doute étonné de voir que la plainte rendue par M. et madame Loubaz l'a représenté comme un chef de complot et d'attroupement, auquel ils ont supposé les intentions les plus atroces ; qu'ils ont prétendu qu'il avoit été le matin au château se faire donner à boire et à -manger par violence; qu'il s'y étoit livré aux menaces les plus criminelles, et que l'après-midi il s'étoit porté aux derniers excès. Mais ce qui doit encore étonner davantage, c'est que l'acte d'accusation contient non seulement tous les faits rappelés dans cette plainte, quoique plusieurs aient été détruits par le résultat des preuves, mais encore qu'il impute à l'accusé des crimes dont les plaignans eux-mêmes n'avoient pas eu à se plaindre. En

(i) Ici M. Sibuet se sert de mots euphémiques pour atténuer d'odieuses violences. Quelques lignes plus loin, il va traiter de grief imaginaire le C3up brutal porté par son client à un vénérable vieillard. M. de Bohaa mourut six mois après, le i5 août 1792, âgé de 77 ans.

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