‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 172 sur 217 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

« Le Directoire arrête que M. le Maire, la Munici-

« palité et le commandant général sont prévenus de 'i prendre sans délai toutes les mesures qui sont à leur dis- « position pour empêcher tout rassemblement qui pour- » roit blesser la Loi; de faire toutes les dispositions de * de force nécessaires pour contenir et réprimer les per- « turbateurs du repos public. Recommande spécialement « aux citoyens, gardes nationales et à toutes personnes « composant la force armée de se tenir prêts à y donner « assistance, s'il a y lieu de les requérir. »

La suite de ma correspondance, continue le Ministre, fait connoître combien, de moment en moment, les circonstances devenoient alarmantes, et de quelle sollicitude nous étions animés pour parer aux événemens dont on étoit menacé.

[Ici sont transcrites six lettres échangées, le 20 juin, de six à huit heures du matin, entre le ministre et le département, desquelles il résulte que l'un et l'autre s'opposoient à l'armement des pétitionnaires et que le maire Pétion voulait leur permettre de porter leurs armes, sous prétexte qu'ils seraient maintenus par la Garde nationale.]

Enfin, à neuf heures, reprend le Ministre, je reçus des" avis très alarmans sur la marche et les dispositions des pétitionnaires; j'écrivis au département la lettre suivante :

« Sans perdre un moment. Messieurs, donnez les or- « dres pour faire marcher des troupes pour défendre le < château; les nouvelles que je reçois à linstant m'ap- 0 prennent qu'il y a le danger le plus instant. »

Réponse du département, à neuf heures du matin :

« A l'instant où nous recevons votre lettre. Monsieur, ( nous en faisons passer copie au maire de Paris, au ( corps municipal et au commandant général, en le priant « de faire exécuter sur le champ l'ordre qu'elle contient.»

Environ, à neuf heures trois quarts, je me rendis aux Tuileries. Tout fut tranquille dans l'inte'rieur jusque vers trois heures et demie. A cet instant, des cris nous annoncent qu'on avoit forcé la porte d'entrée de la cour ; je monte aussitôt près du Roi, qui n'avoit auprès de lui que quelques personnes de son service et ses ministres. Ils sont bientôt joints par plusieurs grenadiers de la garde nationale ; un bruit confus et terrible se fait entendre ; on enfonce la porte à coups redoublés. Le Roi ordonne qu'elle soit ouverte, et la salle se remplit d'une foule de gens armés de piques, de sabres et de toute sorte d'armes. Les soldats nationaux en très petit nombre (mais avec la meilleure contenance) se rangent autour du Roi : ils sont joints par quelques citoyens qui craignoient pour ses jours. Eh 1 qui n'auroit pas frémi de sa position ! parmi une troupe égarée ne pouvoit-il pas se trouver un assassin

qui eût couvert la France d'un deuil éternel! Oui,

Messieurs, car est-il un citoyen qu'un grand crime ne plongeât dans la douleur et le deuil le plus profond 1

Plusieurs membres de l'Assemblée sont successivement arrivés; M. le maire y est venu à six heures. Tout le monde connoît la suite de cette déplorable journée. Le juge de paix a dressé procès-verbal des dégâts commis dans les appartemens; il entendra les dépositions des témoins, et l'Assemblée pourra, si elle l'exige, se faire rendre compte de la procédure. Sans doute, dans sa sagesse, elle prendra des mesures pour remonter à la source de ce complot dont les auteurs nous sont inconnus : je ne doute pas qu'elle n'annonce dans cette circonstance une volonté forte pour le maintien de la constitution (i).

(i) Rapport du Ministre de l'Intérieur à l'Assemblée nationale sur les précautions prises relativement aux événemens du 20 juin. Paris, imprimerie royale, 1792, 8 p. in-4». >— Ph. L. D.

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