‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 173 sur 217 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ce document, destiné à la justification du Ministre et adressé à TAssemblée nationale, ne pouvait être plus explicite. Un historien va maintenant nous raconter comment se comporta Témeute :

Le 20 juin, dit M. Terrier de Loray, l'arme'e recrute'e par le de'sordre se présenta aux portes de l'Assemblée (i), demandant à être reçue dans l'enceinte législative pour y déposer une pétition. Les membres de la gauche, avec lesquels cette démarche avait été concertée, appuyèrent la demande en dissimulant à peine leurs sympathies pour les agitateurs : la majorité la repoussait au nom de la dignité de la représentation nationale. Tandis que la discussion se prolongeait au milieu des clameurs, des interpellations, des injures, des provocations, des gestes menaçants, les émeutiers forcèrent la porte de la salle et l'envahirent t.vec des cris de triomphe. L'Assemblée, avilie, décréta alors qu'ils seraient reçus. L'un d'entre eux s'approche du fauteuil du président, et lit une pétition dans laquelle il annonce le réveil du peuple et demande la tête de ses ennemis...

La lecture de cette pièce achevée, les trente mille pétitionnaires défilèrent dans la salle en chantant la Carmagnole et le Ça iva^ agitant des piques, des sabres, des ustensiles de toutes sortes, dont ils s'étaient armés pour la circonstance. Une foule d'emblèmes surmontés d'inscriptions triviales et odieuses traversèrent la salle des représentants, qui souvent avaient eux-mêmes à subir les avanies de cette vile multitude. Des femmes ivres portaient une potence, sur laquelle était suspendue l'image de la

(i^ La salle du manège, où siégeait l'Assemblée, touchait presque le ' irdin des Tuileries, en face de la terrasse des Feuillants.

Reine, avec ces mots : Gare à la lanterne ! D'autres promenaient une guillotine avec des inscriptions non moins odieuses. Au bout d'une pique sur laquelle était porté le cœur sanglant d'un veau, on lisait : Cœur d'aristocrate. Un mouvement d'horreur et de dégoût saisit les représentants à ce spectacle repoussant. L'Assemblée subit pendant trois heures cette scène atroce, et reçut enfin du peuple un drapeau, en signe de confiance et de dévouement.

Le cortège se dirigea ensuite vers la demeure royale, faiblement protégée par quelques détachements de troupes. La foule, inondant successivement les abords, les cours, les vestibules du palais, parvint bientôt à y pénétrer et à envahir les appartements royaux. Le roi, entouré de quelques serviteurs dévoués, ne songeait qu'à mettre en sûreté les jours de la reine encore plus menacés que les siens, lorsque des coups furieux et redoublés, ébranlant les portes, livrèrent l'entrée à la foule déchaînée. Louis XVI s'avance sans trembler au milieu des piques et des baïonnettes : Me voici, dit-il aux envahisseurs, qui, saisis d'un sentiment involontaire de respect, s'arrêtent et reculent. Les défenseurs du roi se jettent entre lui et la foule, et forment au monarque un rempart de leurs corps, tandis que le hideux cortège, toujours accompagné dès emblèmes révolutionnaires, des inscriptions atroces, de la guillotine, du cœur saignant, défile devant lui comme il avait défilé dans la salle de l'Assemblée, dans la même confusion, avec les mêmes menaces et les mêmes vociférations. De temps à autre, des énergumènes s'élançaient avec fureur sur ceux qui entouraient le roi, brandissant leurs armes contre sa poitrine, pendant que mille forcenés demandaient du dehors qu'on leur jetât sa tête... Louis XVI ne pâlit pas un instant à l'aspect des dangers qui l'entouraient. Comme l'un des incitateurs de ces scènes odieuses lui di-

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