‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 174 sur 217 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sait de ne pas craindre, il prit la main d'un grenadier et la mit sur son cœur en disant : Vois^ mon ami, s'il bat plus vite qu'à l'ordinaire.

Pendant que Louis XVI e'tait en butte à ces avanies. Marie-Antoinette, séparée par les flots de la multitude, subissait les mêmes outrages sans que la qualité de femme et de reine eût le pouvoir de désarmer l'imbécile brutalité de la foule soulevée. Dans l'espoir d'en apaiser l'effervescence, on avait entouré la reine de ses deux enfants : l'un, jeune fille de treize ans, joignant à toutes les grâces de son âge la précoce maturité que donnent le malheur et les larmes ; l'autre, enfant de sept ans, destiné à périr sous les coups de barbares geôliers, et sur la tête duquel un homme fit placer le bonnet rouge. Ces enfants voyaient rougir la reine en entendant les invectives féroces, les propos obscènes empruntés à l'idiome des halles, dont les femmes, la lie de leur sexe, souillaient pour la première fois leurs oreilles et la demeure de la royauté.

Ces scènes ignobles, après avoir duré quatre heures, ne finirent qu'à la nuit, lorsque l'Assemblée législative, qui les avait tolérées, se décida enfin à envoyer au palais une députation chargée de protéger la personne du roi. Les membres qui la composaient constatèrent les traces des violences faites au représentant héréditaire de la Nation ; ils virent les dégâts causés par l'émeute, les meubles bri- .sés, les portes forcées, les appartements royaux souillés et maculés par le passage de cette horde sauvage. Pétion, qui était responsable de la sécurité du palais et qui avait souffert ces désordres (on sait qu'il ne parut aux Tuileries qu'à six heures), exprima quelques regrets hypocrites, auxquels le roi indigné imposa silence (i).

(i) Terrier de Lqray, Tableau populaire de la Révolution et de la Terreur, p. II 8.

Pour compléter ce récit, empruntons quelques incidents à M. Mortimer-Ternaux, qui a consacré cent onze pages à l'histoire du 20 juin :

Belles paroles du député Ramond. — Ramond vient répondre à Vergniaud, mais il est constamment interrompu par la vocifération de la gauche, qui réclame la clôture de la discussion. Enfin la parole lui est maintenue par un vote, et déjà il commence à réfuter l'argumentation de ses adversaires, lorsque le président dit avec émotion : « Je « suis obligé d'interrompre la discussion pour annoncer à « l'Assemblée que le commandant de garde vient de m'a- « vertir que les pétitionnaires sont aux portes de cette salle « au nombre de huit mille. »

L'assemblée est en proie à une vive agitation, que cette parole lancée par Calvet augmente encore : « Ils sont huit « mille, et nous ne sommes que sept cent quarante-cinq ; a c'est le moment de lever la séance et de nous en aller ! » — « Délibérons tranquillement, s'écrie un autre député : « que M. Ramond continue son discours ! »

L'Assemblée entière applaudit à cette dernière motion. La parole est rendue à Ramond. « Si huit mille hommes, « reprend-il, sont pressés de paraître devant vous, vingt- « cinq millions d'hommes attendent aussi votre délibéra- « tion. Le Corps législatif manquerait à la plus sainte de « ses obligations s'il ne faisait pas déposer aux portes de « cette salle les armes qui sont entre les mains des pé- « titionnaires. [Hist. de la Terreur^ 2e édition, t. I, « p. 171).

Invasion des Tuileries. — L'irruption est si violente qu'un des canons du bataillon du Val-de-Grâce est transporté à bras jusque dans la troisième pièce du château, dans la salle des Suisses, mais il s'accroche dans la porte

Page 1