‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 178 sur 217 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Proclamation du roi, 2 r juin 7792. Plans d'évasion; funeste pressentiment ; pétition des faubourgs. La patrie en danger; le baiser Lamourette. — Mouvement populaire projeté à Bourg pour le 14 juillet ; avis aux Fédérés publié le 12. — Fête de la Fédération à Belley : planta^ tion d'un Arbre de la liberté, discours du maire ; discours jacobin du commandant des gardes nationales du district.

Le lendemain des scènes révoltantes qui s'étaient passées aux Tuileries, le roi écrivit à TAssemblée nationale et lui fit entendre qu'il était de son devoir « de chercher les causes de ces événements, d'en peser les circonstances, et de prendre les mesures nécessaires pour maintenir la Constitution, assurer l'inviolabilité et la liberté constitutionnelle du représentant héréditaire de la Nation. » Mais c'est à la Nation même qu'il confia la tristesse de son âme ; voici sa belle proclamation :

Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude , égarée par quelques factieux , est venue, à n:ain armée, dans l'habitation du Roi, a traîné du canon jusque dans la salle des Gardes, a enfoncé les portes de son appartement à coups de hache ; et là, abusant audacieusement du nom de la Nation, elle a tenté d'obtenir, par la force, la sanction que Sa Majesté a constitutionnel-

lement refusée à deux de'crets. Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa conscience et son amour pour le bien public. Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter ; mais il a besoin de dire à la Nation française que la violence , à quelque excès qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement à tout ce qu'il croira contraire à l'intérêt public. Il expose sans regret sa tranquillité, sa sûreté ; il sacrifie même sans peine la jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes, et que la loi devroit faire respecter chez lui, comme chez tous les citoyens; mais, comme représentant héréditaire de la Nation française, il a des devoirs à remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de son repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs. Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se trouve, le Roi donnera, jusqu'au dernier moment, à toutes les autorités constituées, l'exemple du courage et de la fermeté, qui seuls peuvent sauver l'Empire. En conséquence il ordonne à tous les corps administratifs et municipalités de veiller à la sûreté des personnes et des propriétés.

Fait à Paris, le 22 juin 1792, l'an IV de la liberté.

Signé: LOUIS. Contresigné : Terrier.

Cette noble affirmation du sentiment du devoir et de la résignation a été qualifiée d'oeuvre de colère et d'orgueil par MM. Louis Blanc etMichelet. « Nos lecteurs jugeront, leur a-t-il été dignement répondu, si c'est la colère ou la magnanimité qui présida à la rédaction de cette adresse, et si celui qui la signa devait avoir un ton plus humble,

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