CHAPITRE II
parce qu'il était dénué de tout moyen répressif pour repousser l'envahissement brutal de son palais. Il y a des gens qui mesurent leur langage à la puissance des forces matérielles dont ils disposent-, il y en a d'autres qui le mesurent à la grandeur de leurs droits et de leurs devoirs. Nous avouons hautement notre prédilection pour ces derniers (i). »
Les fauteurs de l'insurrection ne furent nullement inquiétés. Le maire de Paris fit une proclamation banale, et l'Assemblée nationale se contenta d'un décret contre les attroupements armés (21 juin) et d'un Acte du Corps l égi s t ai if inyka.nt au maintien de la tranquillité publique (23 juin) : « mesures faibles et insignifiantes qui annonçaient plutôt l'obligation de sauver les apparences que r intention d'agir '2). »
La protestation royale produisit cependant le meilleur effet ; il y eut réaction dans le sentiment public ; on admira l'héroïque fermeté du roi, on s'indigna des odieux traitements qu'il avait subis ; et ses amis dévoués, ceux qui voulaient le soustraire à la rage des factieux, crurent le moment favorable à sa sortie secrète de Paris.
La Fayette qui était revenu de l'idée de fonder
(i) M. Mortimer-Ternaux, Hist. de la Terreur, t. I, p. 247, ad notant. (2) Le V** de Toulongeon, Hist. de France depuis la Révolution de 'jSp, t. II, p. 174.
en France la république des Etats-Unis, et qui, par lettre du r6 juin adressée à l'Assemblée nationale, s'était déclaré Tennemi juré des Jacobins, quitta deux jours l'armée pour offrir au roi ses services et culbuter le sanctuaire de la démagogie (28 juin ; mais il fut froidement accueilli par le roi et par la garde nationale et il repartit le 3o. Désireux néanmoins de sauver Louis XVI, il lui fit proposer de le conduire à Compiègne et de l'entourer de troupes qu'il dirigerait sans peine au nom de la Constitution. Le roi repoussa son offre sous prétexte que son projet n'était pas praticable. Au fond l'appui de La Fayette répugnait à la famille royale. La reine dit à M'"'^ Campan « qu'il valait mieux périr que de devoir son salut à l'homme qui leur avait fait le plus de mal, et de se mettre dans la nécessité de traiter avec luj [Mémoires^ ch. XX). »
Un autre plan d'évasion fut présenté par M. Bertrand de Moleville avec le concours de MM. de Montmorin, Malouet, de Montciel et de Clermont-Tonnerre. Le roi devait se retirer au château de Gaillon en Normandie, d'où il lui eût été facile de gagner la mer et de fuir sur un bâtiment tenu à sa disposition par un commissaire de la marine du Havre (i). Bien que ce plan fût par-
(i) Bertrand de Moleville, HUi. de la Révolution de France, t. VIII, p. 327.