‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 180 sur 217 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

faitement combiné, Louis XVI ne se décida pas à Texécuter. Le souvenir de Varennes, de cette malheureuse entreprise qui avait échoué contre toutes les prévisions, n'était pas fait pour l'encourager. Il était d'ailleurs dans la situation de l'oiseau fasciné par le serpent. Une force mystérieuse le retenait à Paris, et cependant il avait le pressentiment de la destinée qui Ty attendait.

Le soir du 21 juin, s'entretenant avec M. Bertrand de Molleville des événements de la veille : « Toutes mes inquiétudes, lui dit-il, ont été pour la reine et pour ma sœur ; car pour moi... — Mais il me semble, répondit M. de Moleville, quec'étoit contre Votre Majesté que cette insurrecjion étoit dirigée. — Je le sais bien ; j'ai bien vu qu'ils vouloient m'assassiner, et je ne sais pas comment ils ne Pont pas fait ; mais je ne leur échapperai pas un autre jour ; ainsi je n'en suis pas plus avancé; il est assez égal d'être assassiné deux mois plus tôt ou plus tard. — Grand Dieu, Sire, est-ce que Votre Majesté croit donc fermement qu'elle doit être assassinée ? — Oui, j'en suis sûr, et j'ai pris mon parti. Est-ce que vous croyez que je crains la mort ? — Non, certainement, mais je voudrois voir Votre Majesté moins décidée à l'attendre, et plus disposée à adopter des mesures vigoureuses, qui sont aujourd'hui les seules dont le roi puisse espérer son salut. — Je le crois bien ; mais il y auroit

encore beaucoup de chances contre, et je ne suis pas heureux. Je ne serois pas embarrassé si je n'avois pas ma famille avec moi -, on verroit bien que je ne suis pas aussi fcible qu^on le croit ; mais que deviendroient ma femme et mes enfants, si je ne réussissois pas ? — Votre Majesté pense-t-elle que si elle étoit assassinée, sa famille seroitplus en sûreté? — Oui, je le crois ^ je l'espère au moins; et, s'il en arrivoit autrement, je n'aurois pas à me reprocher d'en être la cause (1)... »

La mort du roi était en effet dans le programme des^ factieux ; on n'en peut douter en lisant la pétition qui fut placardée le 23 juin et qu'un nouveau rassemblement devait porter, le 25, à l'Assemblée législative :

Pères de la patrie, Nous nous levons une seconde fois pour remplir le plus saint des devoirs. Les habitants des faubourgs de Paris, les hommes du 14 juillet viennent vous dénoncer un roi faussaire , coupable de haute trahison, indigne d'occuper plus longtemps le trône. Nos soupçons sur sa conduite sont enfin ve'rifiés, et nous demandons que le glaive de la justice frappe sa tête, afin que la punition qu'il mérite serve d'exemple à tous les tyrans. Si vous vous refusez encore à nos vœux, nos bras sont levés, et nous frapperons les traîtres partout où nous les trouverons, même parmi vous (2).

(i) Bertrand de Moleville, Hist. de laRévol. de France, t. VIII. p. iqS. (2) Mortimer-Ternaiix, Hist. de la Terreur, 1. 1, p. 249.

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