‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 18 sur 217 · CHAPITRE m. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. il

Ce fut à Nancy, dans les premiers jours d'août 1790 qu'éclatèrentles de'sordres dont tous les actes d'indiscipline antérieurs n'avaient été que le prélude. La garnison de l'ancienne capitale de la Lorraine se composait d'un régiment de cavalerie (mestre-de-camp), de deux régiments d'infanterie, l'un français (le régiment du roi), l'autre suisse (celui de Châteauvieux). Le 2 août, le régiment du roi se soulève en prenant fait et cause pour un soldat que l'on veut envoyer en prison. A la prière de la municipalité, le commandant militaire révoque les ordres sévères qu'il a donnés. Mais la faiblesse encourage l'indiscipline; quelques jours après, le régiment formule de nouvelles exigences, et l'insubordination reste impunie. Pendant ce temps, l'Assemblée constituante, avertie par le ministre des tristes faits d'indiscipline qui éclataient de toutes parts, s'empresse, sur la proposition d'Emmerv-, rapporteur ordinaire du Comité de la guerre, de décréter que toute association établie dans les régiments devra cesser à l'instant irême ; que le roi sera supplié de nommer des officiers généraux pour apurer en présence des officiers responsables et d'un certain nombre de soldats, les comptes des régiments depuis six années; qu'il est libre à tout officier, scius-officier et soldat de faire parvenir directement des plaintes aux officiers supérieurs, au ministre et à l'Assemblée nationale ; mais que toute nouvelle sédition, tout mouvement concerté entre les divers régiments au préju-^ dice de la discipline militaire, sera poursuivi avec la dernière sévérité.

Ce décret, rendu le 6 août, fut bientôt connu en substance à Nancy, mais fut loin de satisfaire les soldats indisciplinés de cette garnison. Le 10, le régiment du roi réel ime ses comptes, et parvient à arracher un premier p£ yement de 1 5o,ooo livres. Le 1 1 , Châteauvieux délègue

deux soldats vers le major pour exiger l'argent qu'il prétend lui être dû. Les deux pe'titionnaires sont emprisonnés et passés par les courroies. Ce que voyant, les régiments du roi et mestre-de-camp prennent les armes, délivrent les prisonniers, et, l'épée au poing, obligent le colonel à les réhabiliter. Le lendemain, devait être solennellement proclamé le décret de l'Assemblée nationale , mais, en raison des événemients intervenus, le commandant de place remet la cérémonie et consigne les régiments dans leurs casernes. Les deux régiments ne tiennent compte de cet ordre, et viennent se ranger en bataille sur la place Royale, ayant chacun dans les rangs un des deux prisonniers suisses. Le commandant a la faiblesse de céder aux vœux des rebelles; il consent à proclamer le décret du 6 août, à la face de la révolte, et à faire accorder cent louis de dédommagement à chacun des deux soldats qui avaient été passés par les courroies ; bien plus, 27,000 livres sont payées au régiment de Châteauvieux et dépensées le soir même dans un grand banquet offert par lui aux deux autres régiments, qui l'avaient soutenu formellement contre ses chefs.

En apprenant ces faits déplorables, l'Assemblée nationale comprend les conséquences terribles qu'ils peuvent entraîner. Sur la proposition d'Emmery, parlant au nom des Comités de la guerre, des recherches et dçs rapports, elle décrète unanimement (16 août) : que la violation à main armée des décrets de l'Assemblée, sanctionnés par le roi, est un crime de lèse-nation au premier chef, que ceux qui ont pris part à la révolte devront, dans les vingt-quatre heures, confesser même par écrit si leurs chefs l'exigent, leur erreur et leur repentir, sinon être punis avec toute la rigueur des lois militaires.

Au mépris de ce décret, la rébellion continue. On poursuit, on menace de mort le commandant Dénoue et Toffi-

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