CHAPITRE III
cier général de Malseigne, envoyé pour examiner les réclamations des soldats et rétablir l'ordre. Les scènes de violence se succèdent à Nancy et à Lunéville.
Cependant Bouille avait été chargé d'exécuter le décret du i6 août, en sa qualité de commandant de toute la frontière de l'Est. Il prend avec lui des gardes nationaux de Metz et de Toul, et plusieurs régiments sur lesquels il croit pouvoir compter. Il arrive aux portes de Nancy dans la matinée du 3i et reçoit une députation des révoltés qu'il renvoie aussitôt avec une sommation de reconnaître immédiatement et sans condition l'autorité légitime.
Les deux régiments français, celui du roi etmestre-decamp, obéissent, quittent la ville et se retirent dans une plaine située près de Nancy, où ils se rangent, armes au repos. Les deux officiers généraux Dénoue et Malseigne, retenus prisonniers depuis quelques jours et accable's de mauvais traitements, sont délivrés; On pouvait espérer que la rébellion s'éteindrait sans effusion de sang. Mais les Suisses de Châteauvieux gardent encore celle des portes de la ville par laquelle doivent entrer les troupes de Bouille et braquent contre son avant-garde un canon chargé à mitraille. Un jeune officier du régiment du roi, Desilles, se précipite à la gueule de la pièce et crie aux Suisses : « Non, vous ne tirerez pas ! » On se jette sur lui, on parvient à Tarracher de ce poste où il veut mourir. Mais bientôt il revient, se jette à genoux entre ceux qui vont combattre, supplie les soldats révoltés d'obéir à la loi; tout à coup le canon tonne, la fusillade retentit, et l'héroïque ofTcier tombe avec trente-cinq gardes nationaux de Metz et de Toul. Les troupes de Bouille se précipitent sur les déiénseurs de la porte, pénétrent dans la ville et sont accu<;illis par des coups de fusil qui partent des toits, des fenêtres et des caves ; car aux Suisses de Châteauvieux s'é-
talent joints un grand nombre d'émeutiers et quelques soldats des autres régiments". Cependant, après une très vive résistance, force reste à la loi; mais, dans l'armée de Bouille, quarante officiers et quatre cents soldats avaient été tués ou blessés. Les insurgés avaient fait des pertes encore plus considérables ; les rues de Nancy étaient inondées de sang.
Un conseil de guerre est immédiatement formé pour juger les rebelles : conformément aux capitulations suisses, il était composé entièrement d'officiers et de soldats de leur nation. Neuf soldats sont condamnés à mort, quarante à trente ans de galères. L'exécution des premiers eut lieu dans les vingt-quatre heures, les seconds furent dirigés sur le bagne de Brest. La punition fut sévère peutêtre, mais ceux qui l'avaient attirée sur leurs têtes n'étaient certes pas des innocents ; ils étaient encore moins des héros (i).
L'esprit de révolte qui se propageait dans Tarmée inspira une des premières Lettres h patriotiques du véritable •pire Duchêne (Hébert). Ce journaliste original, qui était alors royaliste constitutionnel, donna sous une forme grossière d'excellents conseils aux soldats :
Mes bons amis,
Quel f..... tintamare faites-vous donc partout? A qu diable en voulez-vous donc? Auriez-vous oublié que vou;
(i) Mortimer-Ternaux. Histoire de la Terreur, tome I. p. 55.