CHAPITRE III
Avis laconique du danger de la patrie, donné à Bourg par le maire Quinet, le ij juillet /y.çs ; digression sur Edgar Quinet et les honneurs rendus aux célébrités de F Ain. — Proclamation du roi sur les dangers de la patrie, document essentiel et peu connu, confirmant le désaveu des négociations et autres actes des princes français et des émigrés. — Mesures prises par le Conseil général de l'Ain pour la défense nationale. Le même Conseil fulmine un arrêté contre un bref dit pape et contre un mandement de Mgr de Marbceuf
La déclaration de la patrie en danger ne fut connue à Bourg qu'après la fête de la Fédération. Le chef de la municipalité , qui était alors le grand père d'Edgar Quinet, en donna connaissance au public, le 17 juillet. VAvis qu'il publia est curieux par son laconisme; pas un mot ne trahit la moindre émotion. Lisez plutôt :
AVIS DU CONSEIL GÉNÉtl.\L DE LA COMMUNE DE BoURG.
L'Assemblée nationale a déclaré, par son décret du 1 2 de ce mois, que la patrie est en danger : dès lors la loi du 8 du même mois doit avoir son exécution.
L'art. IV est ainsi conçu : « Tous les citoyens seront tenus de déclarer, «par-devant leurs municipalités respectives, le nombre et la nature des armes et munitions dont ils seront pourvus. Le refus de déclaration ou la fausse déclaration dénoncée et prouvée seront punis par la voie
de la police correctionnelle ; savoir, dans le premier cas, d'un emprisonnement dont le terme ne pourra être moindre de deux mois ni exce'der une anne'e, et dans le second cas, d'un emprisonnement dont le terme ne pourra être moindre d'une année ni excéder deux ans. »
Suivant l'art. XVI de la même loi, « tout homme résidant ou voyageant en France est tenu de porter la cocarde nationale.. »
Enfin, un arrêté du Directoire du département prescrit à tous dépositaires d'armes nationales, de les remettre sous trois jours, entre les mains des officiers municipaux des chefs-lieux de cantons, pour servir à l'armement des gardes nationaux qui seront choisis pour la composition des nouveaux bataillons de volontaires.
Le Conseil voks invite (i), et, en cas de besoin, vous enjoint de vous conformer ponctuellement à ce qui vous est prescrit par ces différentes loix.
Bourg, Maison commune, le 17 juillet 1792, de la Liberté le quatrième (2).
QUINET, maire (3).
Par mandement, Humbert, secrétaire-greffier (4).
(i) On sait bien à qui ce VOKS s'adresse; mais il est assez singulier que la formule consacrée citoyens ou chers citoyens ne se trouve nulle part, ni en tête ni dans le corps de l'Avis : c'était pousser un peu loin l'économie de langage.
(2) Encore une économie bizarre, celle du mot an.
(3) M. Quinet mourut, cinq semaines après, le 26 août. Les Officiers municipaux et un détachement de la Garde nationale assistèrent le lendemain à ses obsèques. De plus, le Conseil fit célébrer, le 3i août, un service solennel pour le repos de son âme, honorant ainsi la mémoire d'un homme vertueux, d'un bon citoyen qui avait consacré quarante ans de sa vie aux fonctions administratives de la communie et des hôpitaux. — Registre pu Conseil général de la commune de Bourg.
Thomas Riboud confirmera cet excellent témoignage dans sa lettre du 4 septembre, voir la fin du ch. II de la VIII» Epoque.
(4) Deux p. in-8 sur feuillet double. — Ph. L. D.