CHAPITRE IV
Là banquet des Fédérés sur les ruines de la Bastille, le 26 Juillet 1 792, complot du Soleil d'Or. Entrée des Marseillais à Paris, le 3o juillet ; leur exploit aux Champs-Elysées. Manifeste du duc de Brunswick ; message du roi. Carra, de Pont-de-Veyle , deux extraits de ses Annales patriotiques. — Le bugiste Sonthonax, commissaire omnipotent à l'île de Suint-Domingue; ses antécédents d'après Bacon-Tacon. Incendie de la ville du Cap : trait héroïque de Polverel. Courage de Sonthonax en face des Anglais ; son éloge par M. Béatrix. Cruautés reprochées à Sonthonax. Expédition de 1802 ; perte définitive de la colonie. Réflexion sur le rôle de noire compatriote. — Quatre émissaires de Marseille à Bourg.
Les Fédérés, qui traversaient Paris pour se rendre au camp de Soissons, avaient été en partie retenus par les Jacobins; on leur offrit un banquet, le 26 juillet, dans l'espoir qu'ils seconderaient une nouvelle tentative contre les Tuileries.
Pendant que les uns et les autres fraternisaient, le verre à la main, sur les ruines de la Bastille, l'état-major de l'émeute, Santerre, Lazowski, Fournier l'Américain et quelques autres démagogues, Vaugeois, Westerman , Carra, etc. , se réunissaient, vers sept heures du soir, au cabaret du Soleil a Oî'^ îiitué en face de la Bastille et à l'entrée du faubourg Saint-Antoine. Là, dans une arrière-boutique, fut discuté et dressé un premier plan d'atta-
taque. L'insurrection devait marcher avec des drapeaux rouges, sur lesquels était écrit en lettres noires : Résistance à Voppression ; loi martiale du peuple souverain contre la rébellion du pouvoir exécutif.
On savait vaguement aux Tuileries ce qui se tramait, dit M. Mortimer-Ternaux (i). Le commandant général de la garde nationale, Mandat, avait convoqué six ou sept mille hommes, puis, ses moyens de défense disposés, s'était rendu à la mairie pour avoir des renseignements précis et exciter le zèle du premier magistrat de la capitale. Pétion venait d'apprendre que la garde nationale de Versailles ne marcherait pas et qu'on ne s'entendait plus au Soleil-d'Or. L'insurrection n'ayant , ce jour-là, aucune chance de réussite, le maire était disposé à remplir son devoir ; il allait partir pour la Bastille où il arriva à minuit.
Le festin civique était terminé. Tout le faubourg y avait pris part, chacun ayant apporté son souper. Les tables retirées, on dansait des farandoles civiques et on chantait des airs révolutionnaires. En parcourant les groupes, qui ne paraissaient penser qu'à se réjouir, le maire rencontre quelques fédérés, avec lesquels il cause en ami ; puis, après avoir tâté l'opinion^ il harangue la foule : « On connaît le projet d'aller au château ; toutes les mesures de précaution ont été prises; donc, ne bougez pas, et rentrez paisiblement chez vous. »
Le conseil fut suivi, et les conspirateurs attablés dans le cabaret de la place de la Bastille se retirèrent eux-mêmes fort à contre-cœur. Cependant, comme durant quelques minutes le tocsin avait sonné, comme la générale avait été
<i) Hist. de la Terreur, t. Il, p. i3o.