CHAPITRE IV
battue et que quatre ou cinq cents fe'dérés avaient formé un rassemblement qui s'était, il est vrai, bientôt dispersé, il fallait expliquer ces mouvements qui avaient jeté l'inquiétude dans tout Paris. Ce fut Carra, Carra lui-même, l'un des convives du Soleil-d'Or^ qui se chargea de donner le change à l'opinion publique; on lut, le lendemain, dans les Annales patriotiques :
a Le banquet civique s'est fait hier sur le terrain de la Bastille avec la plus parfaite tranquillité, malgré les efforts de quelques émissaires du cabinet autrichien qui, sous l'apparence du patriotisme, cherchoient à profiter du rassemblement pour égarer l'opinion publique. Ce banquet s'est terminé par un feu d'artifice et une illumination ; un transparent rappeloit que la patrie étoit en danger. Les Tuileries sont toujours barricadées ; le bruit court depuis quelques jours qu'il s'y entasse une quantité prodigieuse d'armes et de munitions, qu'on y a porté beaucoup d'habits de gardes nationaux. »
Le complot, que niait alors notre peu honorable compatriote, devait échouer encore une fois; mais tout semblait concourir au succès final.
L'Assemblée législative avait décrété, le 25 juillet, la permanence des quarante-huit sections de Paris, c'est-à-dire créé quarante-sept foyers d'insurrection, car une seule avait protesté contre la demande collective de déchéance, que le j^oi Pétîon avait eu Taudace de présenter. Tous les jours, les clubs et leurs folliculaires prônaient la fin de la monarchie comme le souverain bien. Il n'était question dans les comités secrets que de l'assassinat du
roi et de la reine. Enfin les bandits marseillais et autres malfaiteurs recrutés en chemin allaienl prêter leur concours au renversement du trône.
Arrivés à Charenton le 29 juillet, au nombre de 5 16, les Marseillais tinrent conseil avec une députation de Jacobins (Rebecqui, Barbaroux, Fournier TAméricain, Bourdon de l'Oise)-, et il fui convenu que le lendemain. 3o, ils feraient leur entrée à Paris, et que, soutenus par quarante mille hommes des faubourgs que promettait Santerre. ils enlèveraient de gré ou de force la déchéance ou la suspension du roi.
L'affaire manqua ce jour-là, parce qu'au lieu de quarante mille auxiliaires, il n'y eut que deux cents fédérés environ et deux douzaines de Parisiens arm-és de piques et coutelas qui suivirent les Marseillais. Ces bandits montrèrent néanmoins de quoi ils étaient capables , en surprenant aux Champs-Elysées, les grenadiers du bataillon des Filles-Saint Thomas, à leur sortie d'un repas de corps, et en blessant ou tuant plusieurs de ces gardes nationaux, signalés comme défenseurs de l'ordre.
Le roi, que M. Edgar Quinet accuse d'immobilité complète (Liv. X, ch, iv de la Révolution]^ donna, dès le lendemain, des ordres pour la répression des coupables, et, dans une proclamation du même jour, dit qu'il n'avait pu voir « sans une