‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 198 sur 217 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

n'est qu'un jeu pour nous forcer à changer de dynastie (i); enfin l'Assemble'e nationale qui fait tranquillement quelques décrets accessoires de police et de sûreté générale, sans savoir en faire exécuter aucun par le roi et ses ministres, et sans prendre un parti décisif, semble dire au peuple, d'un côté : Sauve-toi toi-même ; et de l'autre : Attends, sois calme et paisible, je te sauverai peut-être avec le temps par la puissance et le génie de mes orateurs et de mes grands politiques. Dans cet état d'incertitude et d'anxiété, que faut-il faire ? Je réponds : Déployer la loi martiale du peuple souverain contre la rébellion du pouvoir exécutif (2) ; se rallier tous ensuite autour du Corps législatif pour lui donner l'énergie dont il a besoin, et le mettre à la hauteur des circonstances, afin qu'il prononce enfin la destitution du trône couronné.

Voilà le seul moyen de rompre le talisman fatal des conspirations du dedans et des coalitions du dehors (3).

Le 8 août, l'avant-veille de la chute de la royauté, Carra lança encore contre elle son dard venimeux :

Nous avons de fortes raisons de croire que Louis XVI soudoie l'armée prussienne qui marche contre nous, et que

c'étoit une des conditions de la cour de Berlin D'un

autre côté, les tyrans d'Autriche et de Prusse, qui voient

(i)Carra fut accusé d'être du parti qui voulait mettre le duc de Brunswick sar;ie trône de France : il avait fait son éloge dans sa feuille du 26 juillet, ce qu'il avoue et ce dont il se justifie mal dans le Précis de sa défense.

(2) Nous avons déjà vu ces derniers mots sur le drapeau rouge du 26 juillet. Carra dit, en effet, dans son Précis historique du io août que c'est lui qui les fit inscrire sur les drapeaux.

(i) Articles, notes et extraits d'articles de J.-L. Carra, tirés des ^i.nnales patriotiques depuis juin i-Qf jusqu'au 3 1 juillet lyçS, impri- 7iés par ordre chronologique en réponse à ses accusateurs . Paris, 1793, I an II de la République, 90 p. in-8. Page 25. — C>« D.

avec quelle ardeur les soldats allemands viennent chercher le sol de la liberté, craignent de rester seuls dans leurs camps, et de n'avoir pas un soldat à la fin d'octobre. Il est donc important pour eux que Louis de Varennes joue la farce d'un traité de paix. François ! serez-vous assez lâches, et vos représentans assez stupides ou assez corrompus pour donner dans un tel panneau ? Nous sommes sur le point de délivrer les Belges et les Liégeois du joug affreux qui les opprime ; le châtiment de tous les tyrans de l'Europe est dans nos mains, et nous nous arrêterions en si beau chemin ! Non ; tous ces tyrans tremblent; profitons du moment pour les écraser tous. Que la Belgique, le pays de Liège et la Savoie soie'nt libres ; que François de Hongrie et Frédéric-Guillaume paient les frais de la guerre, et que Judas, seizième du nom^ soit destitué ; alors, nous ferons la paix.

Le véritable Judas, n'était-ce pas le journaliste qui trompait le peuple et qui trahissait son pays en voulant le livrer à un prince étranger ?

Ce patriote à double face ne fut pas seulement par ses écrits Tun des instigateurs de la journée du 10 août : il joua aussi un rôle très actif dans le Comité secret des fédérés qui firent tomber la monarchie, et il s'en est vanté dans le Précis de sa défense, p. 9 (2) et dans un autre écrit (3).

(1) Articles, notes, etc. ; ouvrage cité dans la note précédente, p. 25.

(2) Précis de la défense de Carra, député à la Convention nationale contre ses accusateurs. Paris, an II, 60 p. in-8. — C"= D.

{3) Précis historique et très exact sur l'origine et les véritables auteurs de la céjèbre insurrection du 10 août., cité par MM. Bucl'.ea et Roux, t. XVI, p. 270.

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