CHAPITRE IV
Laissons un instant la France et suivons à Tîle 3aint-Domingue aujourd'hui Haïti) une autre célé- Dritéde TAin, le bugiste Sonthonax. Il partit au mois de juillet 1792 etdébarquaauCaple 19 septembre.
A cette époque, la lutte terrible, engagée depuis 1790 entre les noirs et les blancs, durait encore. L'Assemblée constituante, qui avait mis le feu aux poudres avec sa proclamation des droits de Phomme, n'était parvenue à l'éteindre ni avec ses décrets contradictoires ni avec ses commissaires pacificateurs, et, de plus, les Anglais menaçaient notre belle colonie. Dans cette occurrence, l'Assemblée législative s'était décidée à l'envoi de nouveaux commissaires et de six mille hommes de troupes. Les nouveaux commissaires Sonthonax, Polverel et Ailhaud, étaient munis de pouvoirs illimités. Nous allons voir comment Sonthonax en usa ; mais disons tout d'abord comment il était arrivé à cette haute position.
Sonthonax Léger-Félicité}, fils d'un marchand forain d'Oyonnax, avocat et journaliste à Paris, s'était lié au club des Jacobins avec les partisans de l'émancipation des nègres, Condorcet, Brisso:, etc. C'est par leur influence qu'il devint à vingt-neuf ans, le dictateur de Saint-Domingue (i).
(i) Il allait disposer sans contrôle d'une recette de quinze millions et d'une population de six cent mille esclaves, quarante mille hommes de coi.leur et quarante mille blancs.
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Il justifiait du reste par des qualités personnelles l'intérêt de ses protecteurs. « Républicain éprouvé orateur véhément, dit M. Béatrix, il était de natun par ses actes et ses paroles, à en imposer au> masses (i). »
Bacon-Tacon, son mortel ennemi, le traite d( plat écrivain ; mais il faut tenir compte de la passion qui l'animait. Cette réserve faite, voyon; comment il explique la brillante fortune de sor concitoyen :
Imbu de l'épouvantable doctrine de la secte désorganisatrice des Initiés^ dont je viens de parler, Léger Sontho' nax (2), au commencement de la Révolution, se présente à la Société des Jacobins, où il fait la connaissance de l'ex-marquis de Saint-Huruge et du fameux Loustalot . tous deux très connus par leur dévouement à la cause de Philippe d'Orléans.
Ce Loustalot, qui fut rédacteur des Révolutions de Parii pendant quelque temps, tombe malade ; Sonthonax k remplace, mais seulement pour la rédaction des articles philosophico-révoliitionnaires.
Léger Sonthonax, le plus mauvais de tous les écrivains
(i) Notice sur Sonthonax dans le Compte-rendu des travaux de la Société d'émulation de Nantua, année 1847, p. iSy.
(2) Il fut, par inclination, destiné dans sa jeunesse à l'état ecclésiastique. Il porta \e petit collet au ci-devant séminaire de Toul, en 1780. où i\ s acquit \e titre d' étendard de l'incrédulité. C'est ainsi qu'on le nommait.
Ce titre flatta infiniment l'amour-proprc de son père, qui le rappela auprès de lui pour le placer à Dijon comme secrétaire et instituteur dans quelque bonne maison, afin de donner un lustre à sa famille. — Note de Bacon-Tacon.