CHAPITRE IV
Tiis personnels, et il parvint sinon à se justifier, lu moins à se faire absoudre.
En 1796. le Directoire exécutif, sur la proposi- :ion du ministre de la marine Turguet, envoya de louveau Sonthonax à Saint-Domingue.
Voilà donc, dit son biographe nantuatien, le traître et le yran maître encore une fois du souverain pouvoir, exer- :ant sa dictature à deux mille lieues de la me'tropole, surveillé à chaque pas par les ennemis que son adminiStraion courageuse lui avait suscités ; le voilà, lui qui avait nondé les Antilles du sang des habitants, arrivé sur cette :erre où son nom doit être maudit, et où l'attendent tou- :es sortes de tribulations ; et cependant il écrit du Cap le 19 tioréal an IV {18 mai 1796) : « Les rues par lesquelles i nous passions étaient jonchées de fleurs, ht les cris de : ( Vive la République 1 vive la liberté 1 vive notre ami Sonthonax ! sortaient avec enthousiasme de toutes les bouches. »
Sonthonax écrivait la vérité, car les noirs l'aimaient )eaucoup ; il leur avait donné la liberté, ils commençaient la comprendre, et les prières qu'ils faisaient faire à leurs nfents pour attirer sur Sonthonax les faveurs du ciel, )rouvaient combien ils savaient apprécier ce bienfait. Toutefois les passions se déchaînèrent plus furieuses que la treraière fois, et de nouvelles scènes de désolation vinrent :ncore ajouter aux débris de nos malheureuses colonies. Fatigué de la lutte et d'une révolution qui menaçait de out engloutir, Sonthonax songea à la retraite ; il se fit lire membre du Corps législatif, et après avoir nommé Toussaint-Louverture commandant de Saint-Domingue, il promettait de partir sous peu pour la France. Tous-
saint, que l'ambition dévorait déjà, et qui avait dit : « J t suis le Bonaparte de Saint-Domingue, » une fois élev au pouvoir souverain, voulant rester seul maître, lui en voya fort poliment un ordre de départ, « Citoyen repré « sentant, lui disait-il..., nommé député de la colonie a\ « Corps législatif, des circonstances impérieuses vou « firent un devoir de rester encore quelque temps ai « milieu de nous ; alors votre influence était nécessaire « des troubles nous avaient agités, il fallait les calmer « Aujourd'hui que la paix, l'ordre et le zèle pour le réta (( bîissement des cultures, nos succès sur nos ennemi « extérieurs et leur impuissance vous permettent d « vous rendre à vos fonctions, allez dire à la France ce qu € VOUS avez vu, les prodiges dont vous avez été témoin, e « soyez toujours le défenseur de la cause sacrée que nou « avons embrassée, et dont nous sommes les éternels sol « dats. Salut et respect. Toussaint-Louverture. »
Sonthonax partit, ignorant l'orage qui avait grond contre lui en France : pendant près d'un mois, son nor fut maudit à la tribune législative ; tantôt c'était un contre révolutionnaire, une autre fois c'était un traître, et per sonne qui répondît h ses calomniateurs. Il parut, et quan il se montra, tous ceux qui l'avaient accusé pendant so absence, applaudirent à sa justification (i).
M. Béatrix vient de prendre la défense de notr compatriote. Ecoutons maintenant ses ennemis pour qu'on ne nous objecte pas le proverbe : Qu n'entend qu' une cloche n'entend qu'un son.
Une de ses victimes, J.-E. Granier fît placarde
(i) Notice sur Sonthonax déjà citée, p. 162.