CHAPITRE VI
Attachement des religieuses à leur état. Justes réflexions de SI. Taine sur les couvents de femmes. — Suppression des chapitres d hommes dans le Bugey, la Bresse et les Dombes. Suppression de celui des dames comtesses et chanoinesses de Neuvilte-lesDames ; leur belle déclaration du g décembre J-go; noms de celles qui composaient alors le chapitre; quelques détails sur leur communauté. La dernière chanoinesse, décédée à Neuville en 1848. —Conspiration royaliste découverte à Lyon. — Plainte ridicule contre les ci-devant chanoines de Bourg.
Le décret du i3 février 1790 avait aboli les vœux monastiques et ouvert les portes des couvents.
Quatre Ursulines de Bourg, reçurent leur liberté en 1790. Pas une Clariste ne les imita ; et dans les autres communautés trois religieuses profitèrent seules du décret. — A Pont-de-Vaux, il n'y eut qu'une religieuse, devenue folle, qui sortit pour épouser un prêtre devenu fou. Et cependant les ofîciers municipaux avaient donné lecture à chaque religieuse du décret d'émancipation et les avaient vivement pressées de rentrer dans le monde.
Ces renseignements, extraits du journal ms. de Liilande, et des Mémoires publiés par Tabbé Cattiri témoignent du petit nombre de vocations im-
prudentes ou forcées. Ailleurs les religieuses montrèrent le même attachement à leur cloître.
Un membre du comité eccle'siastique, dit M. Taine, avoue à la tribune que, par toutes leurs lettres et adresses, les religieuses demandent à rester dans leurs cloîtres ; de fait, leurs suppliques sont aussi vives que touchantes. « Nous préférerions, écrit une communauté, le sacrifice de « nos vies à celui de notre état... Ce langage n'est pas celui « de quelques-unes de nos sœurs, mais de toutes absolu- « ment. L'Assemblée nationale a assuré les droits de la « liberté : voudrait-elle en interdire l'usage aux seules « âmes généreuses qui, brûlant du désir d'être utiles, ne « renoncent au monde que pour rendre plus de services à « la société ?» — « Le peu de commerce que nous avons « avec le monde, écrit une autre communauté, fait que « notre bonheur est inconnu. Mais il n'en est pas moins « vrai ou moins solide. Nous ne connaissons parmi nous « ni distinctions ni privilèges ; nos biens et nos maux sont
« communs, n'ayant qu'un seul cœur et qu'une âme
« Nous protestons devant la Nation, en face du ciel et de « la terre, qu'il n'est donné à aucun pouvoir de nous arra- « cher l'amour de nos engagements, et que nous les renou- « vêlons, ces engagements, avec encore plus d'ardeur que « nous ne les fîmes à notre profession. »
Beaucoup de communautés, ajoute M. Taine, n'ont pour subsister que le travail de leurs doigts et le revenu des petites dots qu'on apporte en y entrant ; mais la sobriété et l'économie y sont telles que la dépense totale de chaque religieuse ne dépasse pas 25o livres par an. « Avec « 4,400 livres de revenu net, disent les Annonciades de « Saint-Amour, nous vivons trente-trois religieuses, tant « choristes que du voile blanc, sans être à charge au pu-