CHAPITRE VI
« blic ni à nos familles. . . Si nous vivions dans le monde, « notre dépense y triplerait au moins, » et, non contentes de se suffire, elles font des aumônes.
Parmi ces communautés, plusieurs centaines sont des maisons d'éducation, un très grand nombre donnent gratuitement l'enseignement primaire. Quatorze mille hospitalières, réparties en quatre cent vingt maisons veillent dans les hôpitaux, soignent les malades, servent les infirmes, élèvent les enfants trouvés, recueillent les orphelins, les femmes en couches, les filles repenties. — La Visitation est un asile pour les filles « disgraciées de la nature.» On y reçoit aussi des veuves, des filles sans fortune et sans protection, des personnes « fatiguées par les agitations du monde, » celles qui sont trop faibles pour livrer la bataille de la vie, celles qui s'en retirent invalides ou blessées. Sur chaque plaie sociale ou morale, une charité ingénieuse applique ainsi, avec ménagement et avec souplesse, le pansement approprié et proportionné (i).
L'attachement des religieuses à leur état est d'autant plus admirable qu'il persista rnalgré la détresse dans laquelle la Nation les laissa après les avoir dépouillées.
Déjà en 1 790, dit M. Taine, l'argent manque pour payer aux religieux et aux religieuses une petite pension alimentaire. Dans la Franche-Comité, les capucins de Baume n ont pas de pain et sont obligés, pour vivre, de revendre, avec la permission du district, une partie des approvisionnements séquestrés de leur maison. Les Ursulines d'Ornans subsistent d'aumônes que des particuliers leur font
0 H. Taine. La Pévolution, tome I. p. 216,
pour conserver à la ville leur seul établissement d'e'ducation. Les Bernardines de Pontarlier sont réduites à la dernière misère : » Nous sommes persuadés, écrit le district, « qu'elles n'ont rien à mettre sous la dent ; il faut que « nous-mêmes boursillions au jour le jour pour les empê- € cher de mourir de faim. » Trop heureuses, quand l'administration locale leur donne à manger ou tolère qu'on leur en donne ! En maint endroit, elle travaille à les affamer ou se plaît à les vexer (i).
La constitution civile du clergé, votée le 12 juillet 1790, avait aboli par son article 21 du titre I, tous les chapitres de l'un et de l'autre sexe, les abbayes, prieurés, etc. Lorsqu'après la sanction royale, donnée à contre-cœur, on voulut appliquer cet article et envahir les biens capitulaires, l'antique chapitre de Saint-Jean de Lyon protesta hautement et adressa, le 1 1 novembre, sa protestation à l'Assemblée nationale ; mais sans succès.
Le Bugey, la Bresse et la Dombes perdirent donc dix chapitres d'hommes composés comme il suit :
Belley 18 chanoines.
Poncin 6 —
Cerdon 6 —
Bourg 16 —
Pont-de-Vaux . . 8 —
Châtillon-lès-D . 7 —
(i) La Révolution, tome I, p. 228.'