‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 47 sur 217 · CHAPITRE VUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VUI

trigue et la cabale, presque toujours compagnes de l'ignorance et de la pre'somption, triomphoient du vrai mérite, des vertus et des talents.

L'homme vraiment fait pour coopérer au bonheur de sa patrie ne s'élève jamais lui-même sur le pavois, ne se met jamais en avant ; toute démarche, toute sollicitation lui répugne et l'indigne ; et si ses compatriotes, écartant le voile de modestie dont il cache ses qualités, l'appellent à concourir à quelque partie de l'administration, ce n'est qu'en rougissant, qu'en doutant de ses forces, qu'en luttant contre lui-même qu'il accepte la mission qu'on lui confie, et dont il paroît encore plus digne à raison de sa résistance.

Tant que les citoyens actifs, réunis en assemblées primaires pour les différentes élections, ne mettront pas leur devoir à distinguer l'égoïsme du vrai patriotisme ; tant qu'ils se laisseront séduire par des paroles, des phrases boursoufflées et emphatiques sans juger la conduite de ceux qui les profèrent; tant qu'ils souffriront patiemment parmi eux et permettront les manœuvres de certains individus attachés à la Constitution, par cela seul qu'ils en espèrent un placement avantageux et la regardent comme u:ie porte ouverte à la fortune, à l'orgueil et à l'amourpropre; tant que les habitants des villes et des campagnes seront les dupes de la popularité affectée de certains personnages, qui les caressent pour acquérir le privilège de les dominer, qui ont l'air de s'occuper de leurs intérêts au moment où ils les sacrifient, qui ont l'adresse de se faire proclamer les protecteurs de leur pays, lorsqu'il seroit facile de démontrer qu'ils en sont les ennemis les plus cruels; tant que des considérations particulières de localité, d'amitié, de parenté, de société, dirigeront les suffrages des électeurs, qu'ils ne sauront pas détourner leurs

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yeux de dessus leur cité, leur communauté, leur hameau, leur famille pour, à l'exemple des Romains, aller prendre des officiers publics à la charrue, c'est-à-dire partout et dans toutes les classes où ils croiront trouver un homme digne de leur choix ; l'on pourra dire que les Français sont bien éloignés de sentir les avantages de leur nouvelle Constitution, et qu'ils sont en opposition formelle avec l'attachement qu'ils témoignent avoir pour elle(i).

On ne saurait trop méditer ces paroles, aujourd'hui que Ton fait un usage si inconscient et si funeste du suffrage universel.

M. Lyvetfît aussi ses protestations (2).

A Ambérieu, chef-lieu judiciaire du district de Saint-Rambert, et à Pont-de-Veyle, les élections amenèrent un incident plus singulier.

Le Directoire de TAin ayant annulé, le 5 février 1791, l'élection de M. Rouyer, comme juge au tribunal d'Ambérieu , et celle de M. Tardy comme juge au tribunal de Pont-de-Veyle, il fut procédé à de nouveaux choix, et M. Ghevrier fut nommé à la place de M. Tardy. Or, celui-ci et M. Rouyer ayant réclamé auprès de TAssemblée nationale contre l'arrêté d'annulation, et le Pouvoir

(i) Dénonciation faite au public par M. Valcntin, lieutenant-général du Bailliage présidial de Bourg, département de l'Ain. Bourg, 4 janvier 1791, 16 p. in-8. — Pli. L. D. j

(2) Protestations contre l'auteur de la lettre insérée dans la DénoH'> dation faite au public par M. Valentin, lieutenant-général du Bailliage i présidial de Bourg. Bourg, 19 janvier 1791, 4 p. in-8. — Ph. L. D. î

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exécutif ayant saisi de leur réclamation le Directoire voisin qui devait prononcer en dernier ressort, le Directoire de Saône-et-Loire , par ses arrêtés des 2 et 7 mai, réformant l'arrêté de l'Ain, valida l'élection de MM. RouyeretTardy; de sorte qu'il y eut deux juges légalement nommés pour le même siège soit à Ambérieu, soit à Pont-de- Veyle.

Qui des deux devait rester en fonctions ? Étaitce le premier ou le second élu ?

Nous ne savons si le remplaçant de M. Rouyer prétendit siéger. Mais un document nous apprend que M. Chevrier ne voulut point céder le pas à M. Tardy ; c'est ï Opinion de J.-B. Rouyer, membre du Directoire du département de VAin, présentée à la séance du Directoire le 3 juin ijgi sur la demande formée par M. Chevrier^ tendante à être installé provisoirement juge du tribunal de Pont-de~ Veyle ( i ■ .

Une note de cet écrit porte que M. Chevrier reconnut son erreur et fut débouté de sa demande. Il devait s'y attendre. Le premier élu avait, en efiet, l'avantage de la priorité sur le second et, par cela même, répondant mieux à la volonté du peuple, avait des droits supérieurs à la judicature contestée.

(!) Eoarg. 1791, 8 p. in-f. — Ph. L. D.

L'église de Brou, la merveille de la Bresse, était menacée de vente et de destruction* Déjà l'estimation était faite et on allait céder pour 65,700 livres ce qui avait coûté 220,000 écus d'or, correspondant à près de huit millions de nos jours (i).

Sa ruine, dit son historien, fut heureusement conjurée par un homme dont le nom retentira longtemps avec e'ioge dans ce département. M. Thomas Riboud, alors procureur-général-syndic de l'administration départementale, se hâta de réclamer en faveur de Brou auprès de l'Assemblée constituante et parvint, à force de démarches et de sollicitations, à faire rendre et sanctionner par le roi le décret du i3 mars 1791, en vertu duquel l'édifice de Brou fut rangé au nombre des monuments nationaux à conserver par l'État (2).

Malgré Tautorité de M. Baux, on a essayé de faire honneur à M. Gauthier (des Orcières) de la conservation de Brou. Nous avons réfuté cette prétention, en produisant une preuve authentique de l'initiative de Thomas Riboud, notre aïeul; c'est le réquisitoire qu'il- fit, le 2 décembre 1790, en qualité de procureur-général-syndic. Nous avons publié cette pièce intégralement dans notre opuscule sur Brou, nous n'en donnons ici que des extraits :

(1) Voir notre calcul, p. 3o de L'Église de Brou et la devise de Margueguerite d^ Autriche. Bourg iSSy, 48 p. in- 18 jésus.

(2) Recherches historiques et archéologiques sur l'église de Brou, par J, Baux, p. 3 16 de l'cdition de 1844.

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