CHAPITRE Vm
Il seroit impossible, avouèrent-ils, que la secousse
géne'rale, produite par la grande révolution qui s'est opére'e, ne vînt doubler les besoins du pauvre et porter atteinte à ses ressources. La diminution des fortunes, l'incertitude de beaucoup d'individus sur leur sort, le commerce qui languit, un nombre infini de journées enlevées au travail : telles sont les causes qui ont tout à la fois rendu la bienfaisance plus rare, et jeté des citoyens dans une indigence extrême.
Un sentiment de compassion vous émeut. Eh bien, Citoyens, que votre pitié se manifeste ! Plus de six cents individus souffrent dans vos murs; chaque semaine, chaque jour, ils demandent du pain. La caisse des aumônes est épuisée, et MM. les Administrateurs du Bureau philanthropique ont annoncé au Conseil général de la commune que bientôt ils n'auroient que des larmes stériles à répandre sur ces infortunés. Cependant les pauvres sont nos frères ; l'humanité et la religion nous imposent également l'obligation de les soulager ( i )
Considéré dans son ensemble, le Clergé de nos quatre provinces fut divisé par le schisme en deux parts égales; il y eut à peu près autant d'assermentés que de réfractaires. Ce résultat ne doit pas surprendre. D'habiles apologistes purent faire croire à la moitié des prêtres que la Constitution civile ramenait le culte à sa pureté primitive, et la sanction du roi acheva de les persuader. On n'aperçoit du moins aucun embarras de conscience
{i) Adresie des Officiers municipaux de la ville de Bourg à leurs coneitoyens. Bourg. 1791, affiche. — Ph. L. D.
dans leurs prestations de serment. On va en juger par le discours que prononça le curé de Montréal iCl.-Humbert-Emm. Mermct) à la messe paroissiale du 23 janvier 1791, en présence de la municipalité. Voici Texordeetla péroraison :
C'est pour me conformer au de'cret de l'Assemble'e nationale du 27 novembre dernier, sanctionné parle Roi; c'est pour suivre les sentiments de mon cœur et de ma conscience que je renouvelle aujourd'hui solennellement mon adhésion à tous les décrets rendus par l'Assemblée nationale, acceptés ou sanctionnés par le Roi et notamment à son décret sur la Constitution civile du Clergé.
Ce sage décret, dont je vous ai fait lecture pendant deux dimanches consécutifs, loin de porter la moindre atteinte à la religion sainte que nous professons tous, et à laquelle les représentants de la Nation ont donné tant de fois les preuves les plus authentiques de leur attachement, la rétablit dans sa pureté primitive, la rend plus auguste et plus respectable, plus conforme à l'esprit de l'Evangile et aux préceptes de son divin auteur. Il est de mon devoir, et j'en fais le serment, de veiller avec soin sur les fidèles de cette paroisse, pendant tout le temps qu'elle me sera confiée, de vivre et de mourir fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi. Lié par mon serment, je m'empresserai toujours de vous inspirer, avec l'amour et la reconnaissance dus à nos législateurs, un respect religieux pour leurs lois....
Puissions-nous bientôt les revoir dans nos foyers et jouir tranquillement avec eux des fruits de leurs immortels travaux! Prions le Tout-Puissant de faire fleurir lai