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CHAPITRE X. l

Citoyens, notre Constitution, fille auguste des célestes pensées de tous les âges, de toutes les contrées, marche à pas de géant vers le terme de sa perfection.

Encore quelques jours et le contrat social, qui sera la base immuable de la liberté françoise, ne restera pas à consommer.

Cette heureuse nouvelle verse dans nos cœurs des torrents d'allégresse.

Comme ces hardis navigateurs, prêts h toucher aux bords lointains qu'ils cherchoient, nous poussons des cris de joie, nous cédons au délire qu'excitent les grands succès, et peut-être qu'au port nous attend le naufrage... Le ciel se rembrunit, l'air fraîchit. Vous entendez gronder les vents destructeurs qu'enferme l'outre des tyrans. Un Éole, assis au Nord, se dispose à les déchaîner. Redoublons de surveillance et de précautions.

Il ne faut pas se le dissimuler ; les rois et leurs vils agents méditent le noir dessein d'étouffer à son berceau notre liberté afin d'effrayer et contenir l'univers par l'exemple d'un grand peuple abattu.

Le moment qu'ils destinent à l'exécution de ce crime aîreux de lèse-humanité, s'approche : oui, il s'approche ce moment terrible ; c'est celui où seront tracées les dernières lignes du pacte de notre association, c'est celui où nous apposerons le sceau à cet acte sacré.

Certes! nous ne sommes pas faits pour la peur, nous qui avons rasé la Bastille, nous qui avons écrasé l'hydre aux cent têtes de l'ancien régime, nous qui avons réduit en poussière le monstrueux colosse du ci-devant clergé, nous qai avons bilTé, déchiré les vains titres des ci-devant nobles, naus qui avons cte les taches de la pourpre royale, brisé la massue ministérielle, anéanti les parlements anthropophages, les dévorantes harpies du barreau, la prétendue

police, les escrocg^ses alliés, les intendants et leurs subdélégucs, les gouverneurs, les commandants et leurs valets, tous les hommes d'abus, tous les fripons et assassins soidisant légaux.

Non, non, nous ne^ sommes pas faits pour la peur; mais nous devons prêter l'oreille à la prudence qui dicte de se garer de 'a horde des ex-princes, ex-ministres, ex-évêques et bénéficiers, ex-robins, ex-gentillâtres, ex-financiers, ex-commissaires départis, civils et militaires, leuri détestables ex-préposés, et des rois et grands nos voisins, dangereux affidés de cette race impie. La sagesse commande de se mettre en mesure contre les imminentes entreprises de ces brigands publics, altérés de sang humain (i)...

Voilà un juge de paix qui remplissait singulièrement sa mission pacifique ! On aurait dû le plonger un instant dans la Saône pour calmer son exaspération.

Le club de Trévoux, fondé le 24 mars 1791, publia son règlement du 23 avril avec une lettre patriotique du maire, M. Gouvion, et un discours non moins patriotique de son président, M. Noël, juge de paix. D'après Tarticle V, les bustes de J,-J. Rousseau et Mirabeau devaient orner la salle de ses réunions, et, par Tar-ticle XXIV, la cotisation de chaque membre était fixée à trois livres par trimestre. A la fin on lit les signatures suivantes : Noël, président^ — J.-M. Eustache,

( i) Extrait des registres de la Société des amis de la Constitution établie à Trévoux. — Séance du r 2 juin ijqi. Villefranche 1791, 16 p. in-8.—

CIÎAriTRE X. 141

B. EusTACHE, Rey, Goy, commissaires^ — Lange- RON et BuANTON. sccrétûircs [i].

Depuis longtemps la cour pressait Louis XVI de se retirer dans une ville frontière, de s'entourer de troupes fidèles, de se faire appuyer, s'il était nécessaire, par l'Empereur et par F Espagne et de rentrer dans sa capitale avec l'autorité souveraine. Sa Majesté s'était décidée, vers la fin de janvier, à prévenir le marquis de Bouille, commandant des Trois-Évêchés, qu'il se rendrait à Montmédy dans le courant de mars ou d'avril.

Sur ces entrefaites, Mirabeau gagné avait mis en avant un autre projet. Il s'agissait d'enlever le roi, de le garder à Compiègne ou à Fontainebleau au milieu de troupes réunies par le marquis de Bouille, détourner le peuple de Paris contre l'Assemblée nationale, de faire demander sa dissolulion par quarante-deux départements et de convoquer une nouvelle assemblée qui aurait rendu à la monarchie sa force et son prestige. Mais Mirabeau, qui devait agir sur le peuple parisien et sur les départements, étant mort, il fallut revenir au projet de retraite à Montmédy.

I La position du roi n'était plus tcnable. Prison-

('.) Règlement général :ie la Société des amis de la Constitution de Tri vaux, district du même nom, département de l'Ain. Lyon. 1791, 36 p. Ja-'2. — H. Gloria, substitut à Châtillon-sur-Seme.

nier dans son palais, suspect au peuple, privé du droit de faire grâce (décret du 5 juin) , humilié par TAssemblée nationale et par la municipalité, ne pouvant compter sur La Fayette, il ne présentait plus que le fantôme d'un monarque.

M. de Bouille prit toutes ses mesures pour recevoir Sa Majesté à Montmédy. Munitions, approvisionnements, rassemblement de troupes et artillerie, tout fut prêt pour les premiers jours de mai. Toutefois comme le nouveau ministre de la guerre, M. Du Portail, avait, par d'habiles mutations, privé le généra) en chef de f=es meilleurs régiments et ne lui avait laissé qu'un nombre insuffisant de bataillons et d'escadrons dévoués (i), le roi dut attendre que les troupes autrichiennes promises pour le 12 juin, fussent rendues à la frontière, et il fixa son départ au 19, puis au 20 de ce mois, à minuit. Il devait emmener la reine, ses enfants et madame Elisabeth.

Nous verrons dans les prochains chapitres comment ce voyage fut . interrompu à Varennes, et comment la nouvelle de cet événement fut accueillie dans notre pays.

(i) Douze bataillons et 23 escadrons dont l'état nominatif est joint aux Mémoires du marquis de Bouille, édition Barrière, p. 393. i

DU 2 1 JUIN AU 3i SEPTEMBRE 1791

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