‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 77 sur 217 · CHAPITRE PREMIER. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. I

en de les mettre à exécution. Il attendit malheureusement qu'il eût gagné le bois pour ne pas être découvert et ne lui donner aucun soupçon ; mais hélas ! lorsqu'il parvint au point oii il cro3'ait le rejoindre, il le perdit de vue (i;. »

Les voitures du roi passèrent sans obstacle à Clermont, vers neuf heures du soir, après avoir relayé en présence du comte de Damas qui était à son poste, quoique non prévenu. Seulement, l'indication de la route de Varennes, donnée à haute voix par un courrier, fut entendue des postillons qui retournaient à Sainte-Menehould et rencontrèrent le maître de poste, auquel ils apprirent la direction des voyageurs.

Ainsi mis au fait, l'homme tigre prit une traverse, laissa Clermont à sa droite et piqua des deux sur Varennes, où il n'arriva cependant qu'une demiheure après le roi, c'est-à-dire à onze heures et demie du soir (2) C'eût été trop tard, les voitures fussent déjà parties si M. le ducde Choiseul avait suivi les ordres de son général, le marquis de Bouille. Un quart-d'heure eût suffi pour changer de chevaux tandis que M. de Yalory perdit quarante minutes à chercher le relais dans les rues désertes.

( ) Relation de M. Deslon. capitaine au rcgiment de Lauzun, à la suite du Mémoire du marquis de Bouille [Comte Louis), déjà cité. p. i5i.

(;j) Affaire de Varennes. Rapport de M. le comte Charles de Damas, k II suite du Mémoire du marquis de Bouille {Comte Louis), déjà cité, p. 235 et 247.

14? cin(2i;ii:me époque.

Pendant ce temps, Thomme tigre arriva, donna l'alarme, et la municipalité fit arrêter les illustres victimes (i). La famille royale dut mettre pied à terre et accepter Fhospitalité dans la maison de M. Saulce, procureur de la Commune. Tout le pays se leva au bruit du tocsin, et accourut. Presque tous les cavaliers se laissèrent gagner par le peuple; et quand les chefs de détachement, le comte de Damas, le capitaine Deslon et le duc de Choiseul purent avec peine aborder le roi et lui offrir leurs services, ils n'avaient plus qu'un petit nombre d'hommes à opposer à l'insurrection croissante. Le roi ne voulut pas exposer leur vie, et attendit le marquis de Bouille, prévenu en toute hâte par son fils.

Entre cinq et six heures du matin, 22 juin, deux courriers de Paris, M. de Romeuf, aide-de-camp de La Fayette, et M. Bâillon, officier de la garde nationale, apportèrent un décret qui ordonnait d'arrêter la famille royale et de la ramener à Paris. M. Bâillon pressa le départ; on essaya de le différer, mais à huit heures, il fallut monter en voiture et subir l'escorte d'une multitude forcenée.

A neuf heures et demie, le marquis de Bouille parut sur les hauteurs de Varennes, à la tête du

{i) Pour être juste envers le maître de poste Drouet, qui fit arrtterson roi et vota sa mort sans sursis, disons qu'il a fini sa vie à Mâcon, dans le repentir et les pratiques religieuses, sous le nom de Merger ; il est mort en 1824.

Page 1