‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 78 sur 217 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

t de Royal-Allemand. .Mais le roi était déjà trop loin pour qu"on pût l'atteindre avec des chevaux fatigués de neuf lieues de marche forcée. Le malheureux général reprit, la mort dans Tâme, le chemin de Stenay, et passa la frontière.

De Varennes à Paris, la famille royale fut accablée d'injures et d'outrages. Des milliers de fanatiques et d'ivrognes, se renouvelant de distance en distance, raccompagnèrent tout le long de la route. Les trois gardes du corps, placés sur le siège, furent particulièrement en butte aux menaces et aux mauvais traitements. Plusieurs fois les aides-decamp de La Fayette, écartèrent les baïonnettes qui

A quelque distance de Sainte-Menehould, dit .M. de \'aIory, un chevalier de Saint-Louis, M, le marquis de Dampierre, suivant le flot immense qui ne désemparait jc.mais, s'approche de la voiture du roi pour offrir ses hommages à son digne maître. Cet ancien militaire e'tait un homme d'une figure respectable, vieilli par les années, ainsi que l'annonçaient ses cheveux blancs. Il était bien monté; on le remarquait, et une rumeur se fit entendre; aassitôt les mots d'aristocrate, de traître volent de bouche ei bouche : « Il faut l'égorger! » s'écrient les scélérats... 1,'un d'eux saute à la bride de son cheval ; quelques autres essaient violemment de le désarçonner; il veut se débarrîsscr et pique des deux pour se faire jour. On lui tire

l5o CINQUIÈME ÉPOQUE.

deux coups de pistolet qui le manquent ; il s'arme d'un des siens, et le tire en fuyant... Il est poursuivi comme l'est à la chasse un cerf par les chiens ; quarante coups de fusil sont à la fois tirés sur lui, sans qu'il chancelé et interrompe la vélocité de sa course. Enfin, le feu redoublant et son cheval ayant été grièvement blessé, il tomba. Un groupe de meurtriers se forma aussitôt près de lui, mais au bout de quelques minutes on vit paraître sa tête et ses membres inhumainement portés en triomphe au bout des piques de ses lâches assassins, et cette race de cannibales vint, en chantant les chansons de la Révolution, en faire trophée à la portière du carrosse du roi, tant elle était bien endoctrinée par les meneurs qui déjà dévoraient la France ! Ce fut avec grand peine qu'on obtint de faire éloigner des yeux de Leurs Majestés ces étendards funestes dont leurs cœurs déchirés ne pouvaient supporter l'aspect. Le cortège du moins les conserva pour bannières; il ne s'en dessaisit qu'à Paris (i).

Les horreurs de ce voyage furent interrompues à' Châlons, où l'auguste famille arriva le soir et passa la nuit. Là, elle fut reçue aveé les marques de la plus vive sympathie par la municipalité, la garde nationale et tous les habitants. On songea même à la retenir dans Châlons ou à la reconduire à Montmédy. Mais dans la nuit, la garde nationale de Reims, composée d'ouvriers corrompus, survint et se prit de querelle avec celle de Châlons, Profitant du conflit, on signifia au roi qu'il exposerait

(i) Précis historique du voyage et de l'arrestation de Louis XVI à Varennes, par le comte de Valory, à la suite du Mémoire du marquis de Bouille {Comte Louis), déjà cité, p. 3io.

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