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CHAPITRE PREMIER. l

(la deuxième s'était terminée à Dormans), on fit halte à Meaux, dont la population n'était pas aussi bien disposée que celle de Châlons. Le roi descendit au palais épiscopal oia il devait coucher. Après le souper, il invita ses trois gardes du corps à se dérober aux fureurs populaires en s'évadant sous le costume de la garde nationale, et, son discours achevé, il les pressa dans ses bras en présence de la reine.

Une seule réponse était digne d'eux, et elle fut faite. Tombés aux genoux du roi : « Sire, dirent-ils, nos jours ont été consacrés à Vos Majestés, nous saurons mourir pour Elles, ce qui est mille fois plus facile que de nous en séparer ! N'en doutez pas, sire, de quelque côté que ce soit, la mort nous attend. Veuillez permettre à vo^ fidèles gardes de ne pas cesser de vous accompagner ; accordezleur de partir demain avec Vous ; que nos larmes nous obtiennent cette dernière grâce I » Celles de Leurs Majestés coulaient aussi : le roi releva ces trois messieurs, et ne put leur refuser son acquiescement.

Au même instant, la reine les emmena dans sa chambre et là, s'appuyant à la cheminée, elle tira de sa poche des tablettes pour écrire leurs noms de baptême, ceux de leurs père, mère, soeurs, frères, parents et amis, et leur dit: « Si nous avions le malheur de vous perdre,, sans succomber nous-mêmes sous les coups de nos ennemis, soyez certains que nos bienfaits iraient chercher vos familles. Ce serait moi qui leur apprendrais leur infortune, et en même temps je leur ferais connaître les sentim.ents qui ne peuvent plus sortir de nos cœurs. » L'auguste princesse permit à ses trois fidèles serviteurs de lui baiser la main; puis

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ils se retirèrent pour aller se poster aux portes de Leurs Majestés, qui essayèrent enfin de prendre un peu de repos (i).

La quatrième journée du retour de Varennes, celle de la rentrée à Paris, 25 juin, était la plus redoutable. Elle se passa comme les précédentes pour la famille royale : même tourbe immonde lui servant d'escorte, mêmes outrages, mêmes trophées hideux. Mais elle fut plus cruelle pour les trois gardes du corps. Les bandits révolutionnaires redoublèrent d'audace et de violence à leur égard. Ils annoncèrent hautement qu'à Paris ils mettraient leur chair en lambeaux et, en attendant, ils leur portaient des coups que deux grenadiers, placés près d'eux pour les défendre, avaient peine à parer. Cest ainsi que le trajet s'effectua jusqu'aux Tuileries, où cette meute de cannibales attendait sa curée. Il était sept heures du soir quand on arriva.

Les monstres suivirent la berline jusque sous le péristyle du château. — Que faisait donc La Fayette ? — La famille royale toutefois ne voulut pas mettre pied à terre, espérant que sa présence sauverait les gardes du corps. Mais ceux-ci, garantis un instant par l'élévation du siège, craignent d'exposer le roi et s'élancent au milieu de leurs bourreaux, malgré les efforts de M^^ Elisabeth qui

(i) Précis historique, déjà cité, p. 322.

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